A propos de La Manadologie de Céline Minard (éd. MF).
La Bruyantissime le répète: la littérature française est quasi moribonde..."quasi" parce qu'il y a tout de même une espèce de résistance romanesque qui s'organise autour de petits, petits petits éditeurs vulnérables - les éditions
Minuscules par exemple! ou bien les éditions MF en l'occurrence! - & quelques jeunes auteurs créatifs malheureusement noyés, étouffés par le nombre hallucinant de non-auteurs sponsorisés à coup de plateaux télé débiles, de papiers-ascenseur signés Savigneau & autres conneries venteuses sans intérêt aucun. La littérature française est moribonde (n'en déplaise à Poivre d'Arvor - le frère de l'autre - qui aurait remis le magazine Time à sa place) & ses chers enfants nombrilo-blablateurs sont paumés, ça fait pas un pli. On aurait envie de leurs donner l'adresse de Pedro histoire qu'il leurs montre sa belle rose des vents... on sait jamais, ça pourrait les inspirer. Mais bordel! Où est passée cette génération d'auteurs, héritiers de Rabelais ou de Cervantes ou du Pynch, qui devaient remettre le roman fraaançais sur les rails d'une pure fiction, éclatante, sans fausses mimiques d'intello & tout & tout? Pourquoi est ce que les types du Fric Frac Club Electrique ne poussent t'ils pas ce merdier sans nom pour montrer de quel bois on se chauffe par ici? Quand est ce que Le Monde va se décider à faire un papier sur le travail précieux que fait une association comme
Minuscule (au hasard... bien sûr)? O misère! Frustration! O lassitude des Terres Vaines! Arrgh...
En attendant un Claro bovarien, un prochain Chevillard ou quoi d'autre... je me suis dit que lire un Céline Minard me réconcilierait avec la production romanesque de notre Belle République. Je me suis dis ça les loulous & vous aussi si vous avez lu son dernier & excellent bouquin: Le Dernier Monde (Denoël). Alors j'ai farfouillé dans ma bibliothèque, qui est vraiment dans un sale état depuis que j'ai déménagé par ici, & suis finalement tombé sur un petit livre tout joli tout beau, couverture rose pimpant, sur lignée de bleu avec un titre fleurant bon les cours de philo en première année de fac: La Manadologie.

Je vais le dire tout de suite comme ça il n'y aura pas de problèmes avec ce que je vais balancer juste après: Céline Minard est un auteur de première bourre ce qui, à La Bruyantissime, implique du style, des idées & assez de cervelle pour bien organiser tout ça. Ceci étant dit, La Manadologie m'a posé pas mal de soucis & au final, sans que je ne remette en question mon jugement d'il y trois lignes, je dirais que c'est un livre moyen. Ma foi, c'est bien dommage mais ça arrive.
Le postulat de base était pourtant intéressant. Deux personnages, l'un est humain (le commandant Dancart) l'autre vient d'un système éloigné mais présente beaucoup de points communs avec un humain (mesdames & messieurs: le streck Maine!), vont devoir quitter leur base spatiale d'étude scientifique pour tout un tas de raisons dont je n'ai pas besoin de vous parler. Sachez simplement qu'ils y étudiaient la Manade, curieuse manifestation qui produit de manière autonome des, comment dire... des corps indépendants & uniques. Un peu comme les monades de Leibniz... oui mais alors c'est trop facile! Bref! Bref... Les voilà contraint d'abandonner tout le travail d'une vie mais bien décidés à mettre la main sur une nouvelle manade (il en existe des milliers, ils en sont persuadés) pour continuer leurs recherches. Rétrofusées en action. Balises interfocales branchées & tout & tout. Les voilà partis pour un voyage dans l'immensité galactique.
Si Minard avait écrit son livre au XVIIIème siècle & avait enlevé toutes les navettes spatiales de son histoire (en fait je suis vraiment bête & méchant, de navettes spatiales il n'y en a qu'une... sinon, à un moment donné, il y a un tapis volant... si si) on aurait presque pu l'attaquer pour plagiat. Ça aussi c'est méchant... je pourrait simplement dire que La Manadologie est un mix du Voyage de Gulliver, des Lettres Persanes, de l'Odyssée & d'Albator. Un sacré mix donc qui voit nos deux héros confrontés à chaque nouveau chapitre à un monde dont les us & coutumes mais aussi les modes de communication & de perception sont différents de ce qu'ils connaissent. Tout comme dans le fameux roman des Lumières (qui n'est pas tombé dessus à l'oral de français?), le héros principal (l'humain ici) est intelligent mais souvent englué dans ses préjugés, ayant du mal à penser par d'autres voies que celles qu'il prend d'habitude & c'est pourquoi, subtilité du contre-jour romanesque, on lui administre un compagnon plus discret dans le récit mais souvent plus ouvert, plus curieux, plus intuitif patati & patata... ici c'est Maine, le streck mais ce fut en d'autres temps Panglos, le maître de Jacques, Vendredi (même si la confrontation des points de vus se fit de manière plus basique dans ce cas précis) etc etc...
Le roman de Minard amorce alors une suite très originale, très intéressante de concepts, de perceptions nouvelles, de situations cocasses qui donnent toujours lieu à quelques réflexions philosophiques de bon aloi. Tout ceci aurait pu être au poil si Minard ne faisait pas pleuvoir sur sont récit une trombe de termes techno-scientifiques (vrais ou inventés) à faire pâlir un Dantec au top de sa forme. Ça paralyse trop souvent le texte & cet univers ultra référencé bourdonne sans qu'on sache trop quoi en faire.
Dans le dernier chapitre, qui est aussi un des plus emmerdants du livre mais qui pourtant donne la clé finale, nos deux compères parviennent à trouver la sagesse (après tout ce qu'on a ingurgité de méta-théorie & d'analyses scientifiques le contraire aurait été ennuyeux) & tout un champ galactique rempli de manades. On comprend alors qu'ils n'auraient (peut être) pas quitté la manade originelle mais que tous les mondes qu'ils ont traversé, ces bulles indépendantes & uniques (monades) étaient contenues les unes les autres dans LA manade, contenue dans une autre manade, contenue... c'est génial! C'est le délire! C'est surtout pas trop tôt!
Mes loulous ne soyez pas découragés par mes propos, comme je le disais Céline Minard est une de nos meilleurs auteurs & haut la main. Lisez Le Dernier Monde & vous comprendrez pourquoi.