mercredi 30 janvier 2008

LE SON DE LA BRUYANTISSIME

mercredi 30 janvier 2008 8



A propos de Gyrate Plus de Pylon (DFA).


J'aurais très certainement fait un piètre producteur vu que si un groupe comme Pylon avait débarqué dans les somptueux studios de Bruyantissime Records Inc. je crois bien que j'aurais tout de suite appelé la sécurité pour me mettre tout ça dehors. Vous connaissez Vanessa Briscoe? Je veux dire, vous avez vu la dégaine qu'elle se paie? Je n'aurais pu être autre chose qu'intransigeant: "Ma cocotte tu es attifée comme une cafetière bolchévique & tes dents sont toutes tordues. Tu t'attends vraiment à ce qu'on vende tes disques?". Des fois je me fais peur. Je sais faire très mal aux gens lorsque c'est nécessaire mais je devrais toujours garder à l'esprit le précieux conseil que l'oncle Ben donna à Spiderman avant de se faire dégommer: "De grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités". Ça m'aurait évité de passer à côté de Pylon comme à peu près la moitié de la planète à l'époque.

Alors c'est marrant parce que le jour où le facteur m'a remis un colis venant d'Argentine & dans lequel se trouvait Gyrate Plus j'ai trouvé des articles sur Pylon un peu partout sur le net & dans mon Tsugi tout frais. C'est le genre de trucs qui m'arrivent souvent... un signe supplémentaire de mon flair légendaire. L'oncle Ben n'avait pas tort & Pylon aurait bien fait de suivre son conseil, le problème c'est que ce groupe de "la scène d'Athens en Georgie" c'est fait plumer sur toute la ligne. Apparus avant R.E.M. & les B52's, ils ont aussi disparu du paysage les premiers laissant le groupe de Michael Stipes faire la première partie de U2 qui lui était réservée & cartonner dans les charts & devenir le groupe que l'on connaît & transformer les quatres dingos en parfaits loosers de l'histoire du rock'n'roll. Il est évident que la musique de Pylon est beaucoup moins subtile (sic) que celle de R.E.M. (& encore, comment savoir quelle orientation le groupe aurait pris si il avait eu le succès qu'il méritait?) pourtant, elle n'en possède pas moins toute l'envergure sociale, la dimension primitive qui en aurait fait un vecteur essentiel du son punk funk de l'époque*.




Le disque démarre avec le premier single du groupe, "Cool". Ce qui est remarquable avec Pylon c'est que, on aime ou on aime pas, mais c'est quelque chose que vous n'avez jamais entendu ou, plus précisément, c'est un son reconnaissable entre tous. J'ai toujours pensé que c'était là la caractéristique des grands groupes. Ce "Cool" inaugural est scandé d'une drôle de manière par Vanessa Briscoe, véritable Patty Smith en jupon, limite Eleanor Friedberger des Fiery Furnaces en pleine crise d'hystérie. Cette manière qu'elle a de distordre les premiers mots comme si ils étaient trop chauds dans sa bouche est franchement singulière & pourtant, il semble bien que ça soit la seule façon correcte de les chanter. Très vite on comprend que ça va péter dans tous les sens. Les gars derrière Vanessa (Randy Bewley à la guitare, Curtis Crowe à la batterie & Michael Lachowski à la basse... la formation on-ne-peut-plus-classique d'un groupe de rock) trouvent un rythme, une ligne directrice & ne la lâchent plus. La basse de Lachowski est lourde, typiquement américaine... DUNG DUNG DUNG un peu comme dans les premiers albums de Pearl Jam ou sur certains morceaux des Pixies. Guitare & batterie filent le parfait amour & la voix de Vanessa éructe des paroles directes & sauvages en roulant les r comme une Johnny Rotten à foufoune. Directes & sauvages parce que claironnées dans une boucle - répétées comme un slogan pendant une manifestation, comme une formule magique délivrant une euphorie primitive, un état de transe fondamental parce que trop longtemps oublié: "Everything! Everything! Everything! Everything! EVERYTHING IS COOOOOOL!!!" ou lorsqu'elle gueule: "Read a booook! Read a boooook! Don't be afraid! ", on se dit que l'Education Nationale a raté le coche pour s'aliéner une jeunesse en plein désarrois. Sur la longueur le disque s'essouffle un peu du fait de cette structure très basique & répétitive mais écoutez seulement "Cool", "Volume", "Danger" ou encore "Read A Book"... ça va vous donner envie de faire de la gym avec une bande de caniches cocaïnomanes & de gueuler sans vraiment savoir d'où vient se plaisir brut de sautiller dans tous les sens & de trouver ça terriblement cooooool.

Aujourd'hui, en regardant les vidéos disponibles sur Youtube, je me dis que Vanessa Briscoe était une super nana avec sa panoplie de bouseuse du fin fond du sud américain alors qu'elle criait comme n'importe quel punk de New York ou Londres & avait exactement le même jeu de scène que Jim Morrison. Je vous jure que c'est vrai. La preuve avec ce "Stop It" qui n'est certainement pas le meilleur morceau de l'album mais qui donne un visuel assez touchant à tout ce papier:



* Cette dernière affirmation plutôt pompeuse n'a pas reçu l'aval du Bureau de Contrôle Rédactionnel de La Bruyantissime, NdE.

mardi 29 janvier 2008

LE SON DE LA BRUYANTISSIME

mardi 29 janvier 2008 9

A propos de Stawberry Jam d'Animal Collective (Domino).



Alors quoi? Peut être que les magazines & autres pseudo rock critics de notre Belle République ont vraiment pensé que le petit Napoléon allait changer quelque chose à cette histoire de pouvoir d'achat pour nous inciter à acheter toujours plus d'albums de merde. Hein?




Les enfants je suis colère. & pas qu'un peu! Qu'est ce que c'est que ce Stawberry Jam de mes deux? Qu'on m'explique comment un non-album pareil a pu se retrouver dans le top ten 2007 de pratiquement tout le monde (Magic!, Pitchfork, Tsugi, Said the Gramophone, Inrocks...). Soit 2007 fut une année merdique, ce qui est rigoureusement faux (The Fiery Furnaces - d'ailleurs, un grand merci à Chronic'art pour ce sacré travail de défrichage & de découverte, c'est ce qu'on attend d'un magazine pas vrai?- The Liars, LCD Soundsystem...), soit, & alors là ça fait pas un pli, les types qui chroniquent de la musique devraient penser à changer de job! Merde! J'ai arrêté de lire Rock & Folk le jour où ils ont réussit à me faire acheter le live des Black Crows avec Jimmy Page - soit disant un chef d'oeuvre absolu... un foutu merdier oui! J'ai prié les Inrocks d'aller se faire voire ailleurs parce qu'ils avaient atteint un tel niveau de stupidité absurde que ça en devenait ridicule, pitoyable (souvenez vous, Amélie Poulain, un film qui prône les valeurs pétainistes... non mais sans déconner! & la fête des mères alors?!), je n'ai jamais acheté Technicart parce ce que ce magazine m'a toujours paru louche & j'en ai marre de lire des chroniques de disques écrites par des types qui sont frustrés de ne pas avoir été le nouvel André Breton. C'est vrai! Combien de fois il m'est arrivé de finir un papier en me disant: "C'était quoi ça? Le compte rendu d'un album de rock ou un poème dadaïste?" Combien de fois ça vous est arrivé à vous? & le pire c'est qu'on se sent con comme pas deux dans ces cas là. Qu'est ce que c'est que ces histoires de "musique pré-frontaliste", "néo-structuraliste", "de mise en abîme sonore du capitalisme" lorsqu'on parle du best of de Simon & Garfunkel? Hum? Faudrait en plus maîtriser la rhétorique situationniste de Debords pour pouvoir acheter ses disques maintenant?& quand, O miracle, on arrive à saisir quelque chose aux délires créatifs de ces journalistes trop heureux de recevoir des services de presse, on achète Stawberry Jam d'Animal Collective!!! La coupe est pleine! La révolte gronde & cet empaffé d'Arnaud Viviant (qui d'après moi n'est qu'un fasciste refoulé) n'y pourra rien...

Mes loulous n'achetez pas cet album à moins que vous ne cherchiez une bonne excuse pour ne plus remplir vos devoirs conjugaux, car cette marmelade est une usine à migraines. Cette marmelade est un sac de bruits empilés les uns sur les autres, sans doute pour lui donner un côté novateur qu'il, contrairement à ce qu'en a dit Magic!, n'a pas du tout. Ça crie, ça hurle pour trois fois rien, les choeurs se bornent à imiter le chant d'une sirène d'alarme, les guitares sont noyées sous les effets sonores sus cités & donc complètement anecdotiques ce qui, pour un groupe de rock, est plutôt fâcheux, ça part dans des solos de pianos absurdes mis en boucle pourBREF! ... Comment en vouloir à tous ceux qui téléchargent de la musique sur internet, quand les majors n'ont rien d'autre à proposer qu'une quantité de groupes inutiles qui pondent des albums où, peut être, une seule chanson pourrait bien se voir sauvée par pure charité chrétienne, quand les grands marchands font des rapports sur la manière de faire casquer les " vilains pirates" & de s'en mettre un peu plus dans les poches (en proposant le titre à 0,99 centimes par exemple... alors qu'il n'y a aucune mise en place à faire, pas de pub, pas de packaging, pas de pochette à éditer... un grand foutage de gueule), quand les critiques se contentent de quelque chose de moyen pour en faire "le groupe qui va enfin sauver le rock"? En vérité je vous le dis, ça n'est tout simplement pas possible.


Cette chronique a été réalisée en écoutant le best of de Michel Polnareff & en buvant un whisky Canada Dry.

samedi 26 janvier 2008

LE SON DE LA BRUYANTISSIME

samedi 26 janvier 2008 9
A propos de FILM ING de Bugge Wesseltoft (Jazzland) & FILLET OF SOUL de Tassel & Naturel (Inflamable Records).



Les choses vont en musique comme pour les bouquins: je parle de ce que j'ai sous la main. De ce qu'Amazon a bien daigné me livrer jusque dans ce trou sans nom où le siège social de La Bruyantissime s'est installé. & puis c'est tout!

J'ai toujours aimé le jazz sans vraiment le connaître (de manière scientifique s'entend) pour des raisons sentimentales & affectives tandis que l'électro, à une période où je pensais avoir fait le tour de tout ce qui était écoutable dans le rock, fut une énorme terre vierge, une grande bouffée d'air, un continent à explorer. Il va s'en dire que ces deux styles musicaux s'accommodent depuis des lustres l'un de l'autre avec la plus grande application ou plutôt, & pour être précis car la précision a déserté ce monde sans foi ni lois rendons lui la place qu'elle mérite: l'électro s'est allègrement occupé de prendre au jazz ce dont elle avait besoin. Souvent pour le meilleur, il faut bien l'avouer. Les deux sont des musiques d'attente, de rythme, de contrecoups, de sursauts même si l'improvisation n'est pas aussi primordiale pour l'électro.

Bugge Wesseltoft, le label Jazzland sois même, a une nouvelle conception du jazz à proposer au patron du département "musique" de la Bruyantissime. Soit! Je suis un magna de la presse ouvert, curieux, charismatique! Je suis prêt à marquer de mon empreinte l'histoire du journalisme musical en parlant pour la première fois d'un nouveau mouvement qui fera date dans le monde du jazz, prêt à poser les premiers jalons d'une success story dont l'innovation est le cri de ralliement... même si le disque est sortit depuis quatre ans déjà. Qu'importe! Une nouvelle conception du jazz donc. Un jazz tellurique, minimaliste, empli de sonorités... électro. Avec des sons de la vie quotidienne dedans (chant d'oiseaux, bruit de circulation automobile, conversations...) & surtout avec Bugge au piano.

Alors, c'est pas que l'album soit mauvais, au contraire, c'est le genre de galette à écouter en solo du genre tapisserie sonore épaisse avec juste assez de groove pour ne pas complètement l'oublier. Ou non, mieux. Ça serait plutôt le genre d'album pour un de ces putains d' "apéritifs dînatoires" dont raffolent les nanas. Vous voyez où je veux en venir - elles adorent ça: recevoir. Faire des petits fours avec ce caviar d'aubergine à 14 euros le pot chez Résonances & puis c'est l'occasion de sortir les verres-de-la-mort-qui-tue achetés au Conran Shop lors d'un week-end à Paris. Ah mes loulous! Le jour où la province ne devra plus se contenter d'Habitat... BREF! Un disque pour ce genre d'occasion. Un son qui passe, montre que vous avez des goûts d'avant garde (jazz? électro? ambiant? mais quel est donc cette musique d'avant garde???) sans trop se mouiller, qui vous donne un petit côté intellectuel rive gauche même si la rive gauche du Vieux Port n'a, mais alors absolument rien à voir avec celle de la Seine, mais bon... on s'arrange avec son complexe d'infériorité provincial comme on peut. Au moins nous, on à la mer! diront les enfants de Mauvaise Foi. BREF! BREF! Film Ing, sans me décevoir, ne m'a tout de même pas apporté toute l'allégresse que j'avais espéré. Bugge ne fait pas tant de folies que ça avec un piano (le morceau intitulé Piano dont la pochette nous apprend que c'est un solo de Bugge n'est en fait qu'une sorte d'introduction mouligasse au morceau suivant El.), la batterie est quasi absente de la première partie de l'album (avec un beau come back sur le morceau Film Ing) & est remplacée par un paquet de boîtes à rythme plus ou moins heureuses (Hi Is?). Le saxo a parfois un vieux son ringard du style que Serra aurait pu utiliser pour la B.O. du Grand Bleu 2 (El. encore) ou d'une mauvaise inspiration du James Taylor Quartet (Oh Ye). Vous voulez que je vous dise, le meilleur ici c'est la contrebasse, seul instrument qui fait son boulot correctement, qui tient la barre du jazz formule: nouvelle conception à la Bugge Wesseltoft. Au final, un album un peu décevant, pas complètement nul mais qui m'a obligé à reconsidérer la question de l'alliage entre le jazz & l'électro.

Se faisant je suis tombé sur un vieux disque dont j'avais totalement oublié l'existence mais qui m'avait bien fait swinger de la guibolle à sa sortie: Fillet Of Soul d'Alexandre Tassel & Guillaume Naturel, le tout produit par DJ Cam. En le réécoutant, je me suis dit que c'était peut être ce que Wesseltoft avait essayé de faire sans vraiment y parvenir. Un album classe avec la trompette de Tassel qui sonne comme celle de Miles sur Kind Of Blue, des musiciens qui jouent en rang pour laisser au saxo de Naturel un espace libre d'impro. La production, tout en discrétion, de DJ Cam, enfonce le clou & fait de cet album un excellent compromis entre les deux univers si complémentaire de l'électro & du jazz. Avec une touche de soul... que les salariés de la Bruyantissime ont accueilli avec des hochements de têtes connaisseurs. Je n'embauche que des gens au goût sûr. & puis c'est tout!

mercredi 23 janvier 2008

BEATLESMUSIC: I want you (she's so heavy)

mercredi 23 janvier 2008 13
I want you... pompompom... I want you so baaaaaby... pompompompom...




Abbey Road fut le tout premier album que je me suis acheté avec mes tous premiers deniers & je dois dire que je n'ai jamais été déçu par cet investissement. I Want You (She's So Heavy), qui cloture la Face A, n'était alors pas ma chanson préférée de l'album - trop torturée, trop flippante pour le fan de guimauve-pop-façon-McCartney que j'étais à l'époque (j'avais 11 ans... mais ça n'excuse pas tout... comme le dirait Belane: "C'est mon côté sucré"). Pourtant, aujourd'hui à 28 piges, c'est devenu une des mes références ultimes de tout l'univers en entier. Voilà pourquoi. Voilà comment...


I want you... dumdum... dumdumduuum... She's so.... Heavyyyyy!


... comment des mecs qui ne pouvaient presque plus se supporter ont réussi le tour de force de se retrouver en studio pour enregistrer un sacré disque & pas des moindres? Rien que cette question mériterait à elle seule un blog libre & indépendant mais là n'est pas le problème de ce post qui révolutionnera sans doute les perceptions musicales & philosophiques de bon nombres d'entre vous. Ca n'est donc pas le sujet mais ça a le mérite de poser l'ambiance. Abbey Road sortit avant Let It Be mais fut enregistré après; la faute aux disputes concernant la production (George Martin qui se barre en plein enregistrement, Lennon & Harrison qui portent, dans le dos de McCartney, les bandes à Phil Spector pour qu'il y fasse dégouliner son wall of sound - écoutez les deux versions de Across the Universe - les chamailleries sans fin à propos de leurs nouveaux managers, Klein pour Lennon contre le beau-frère de Macca etc etc...) & tout un tas de délires d'egos cloisonnés depuis trop longtemps dans les quelques studios d'EMI. Pourtant de ce bordel obscur & électrique est né un chef d'oeuvre & tous les mythes qui l'accompagnent (pochette cultissime, mort fantasmée de McCartney, rumeurs incessantes sur l'implosion du groupe parce que tout ça c'est la faute à: 1) Yoko 2) Linda 3) la coupe de cheveux de Lennon...) & dans ce trésor une perle noire: I Want You (She's So Heavy).
Avant de rentrer dans le lard il est important de remarquer que cette chanson est l'une des meilleures preuves de la cohésion musicale des Beatles. Ici, tout le monde est à sa place: Lennon tient sa guitare sauvage au mieux, Harrison est là pour la technique & la mélodie inimitable du groupe, McCartney fait trembler sa basse comme un chevalier de l'Apocalypse & Ringo... Ringo sera toujours Ringo pas vrai... Vous savez, cette chanson aurait pu être une véritable merde. La ligne mélodique est un cercle infernal & redondant tandis que les paroles du morceau sont contenues toutes entières dans le titre. Mais de toutes les conneries que la fixation de Lennon pour Yoko Ono lui a inspiré(The Ballad Of John & Yoko, Oh Yoko!, Yoko-machin-chouette ou encore Yoko Va Faire Ses Courses) I Want You (She's So Heavy) est de loin (& dans cette histoire ça se compte en milliards de kilomètres) la meilleure, la plus complexe &, tout simplement, la plus belle de toutes.



Les Beatles se sont risqués à developper un riff unique mais en l'emberlificotant de différentes tonalités plus ou moins rapides revenant à différent moments dans la chanson. Le morceau démarre pépère, sur un rythme moins anondin qu'il n'y parait &, rendons pour une fois justice à Ringo, sa batterie est impeccable. Tout se passe pour le mieux (Je te veux, je te veux babyje te veuxjete veux babyjeteveuxbaby tu es si ....) jusqu'au refrain (... louuuuurde... heavyyyyy! ) qui fait tonner les guitares comme le Seigneur Tout Puissant l'orage sur le monde abandonné aux idoles. Puis vient le fameux pont.



Certains diront que c'est une infamie de comparer les Beatles aux Doors & c'est pourtant ce que je m'apprête à faire... pour ce morceau en tout cas. D'une manière générale, outre la personnalité saturée de charisme de Morrison, ce qui m'a toujours plus chez les Doors c'est la capacité qu'ils avaient à s'adapter aux abscences de leur chanteur. Je pense notamment, mais ça n'est pas la seule fois loin s'en faut, au Live In Hollywood enregistré en juillet 1969 (soit deux mois avant que les Beatles n'entrent en studio pour les premières prises d'Abbey Road). Le groupe va attaquer Soul Kitchen, Ray Manzarek fait ses trois notes d'intro avant que Densmore ne tape un bon coup pour rameuter Krieger & on attend... on attend... on attend que Morrison se mette à chanter mais apparemment toto n'est pas très pressé de s'y mettre. On entend même un type dans la foule qui hurle "Take your time!". Le roi Lézard ne se fait pas prier & les trois autres se trouvent obligés de se lancer dans une impro. Faut dire qu'ils y étaient habitués. Quel est le rapport avec les Beatles vous allez me dire? Eh bien, Lennon leurs fait le même coup fourré sur le pont de I Want You (She's So Heavy). A la base, la ligne mélodique du passage n'était que très sommairement écrite. Lennon voulait juste un "calme avant la tempête". Soit. Il n'en faut pas plus aux Beatles pour se donner un pur moment jazzy. Je le répète encore une fois parce qu'à l'écoute (& le passage est assez court) ça ne s'entend pas: le pont est une pure improvisation, tout comme le reste d'ailleurs. Au moment où ils se remettent à hurler "She's so heavyyyy" ils gardent la même ligne mais en l'accélérant. La basse de McCartney est fantastique tout comme la guitare de Harrison, tout comme le clavier de Billy Preston venu ajouter un petit côté soul qui balance. Mais l'orage approche. Un dernier "She's So Heavyyyyy" &, que tous les saints du calendrier nous pardonnent, le noir absolu sort des baflles dans un riff hypnotique & décuplé sur lequel Lennon & Harrison ont rajouté des sons de guitares mixés à l'envers & une tartine de parasites en veux tu en voilà qui donnent à la fin de la chanson des allures de fin du monde en direct d'une tempête au pôle nord. & puisPAF! tout s'arrête, d'un coup d'un seul. "Après un bruit énorme, il n'y a rien de plus fascinant que le silence le plus complet" c'est ce que dit George Martin en parlant de la fin de I Want You. La face B commence par Here Come The Sun. Le soleil après l'orage. Mais c'est déjà une autre histoire.




She so... Heavyyyy!!!












dimanche 20 janvier 2008

BLACK BOOK - volume VI

dimanche 20 janvier 2008 2
A propos du Grossium de Stanley G. Crawford (Gallimard/Carré Noir/Série Noire).



Mais qui est donc Gascogne? Personne ne l'a jamais vu & pourtant tout le monde le connaît. Le type à des places de parking réservées dans toute cette foutue ville & n'a qu'à passer un coup de fil pour vous couler sans que ça fasse plus de vagues que ça. Mais qui est donc Gascogne Sainte Merde!? Je vous parie toute ma collection d'étiquettes de bières du monde entier & un ou deux albums d'American Music Club (notamment le désastreux San Fransisco... merci qui?) qu'en cherchant du côté de son papa on aurait pu trouver quelques miettes à s'enfourner dans le gosier histoire de voir de quelle couleur est l'animal. Le problème c'est que des miettes y'en a pas des masses vu que la seule chose que j'ai pu trouvé, hormis le fait qu'il était né en 1937 & qu'il avait collaboré pour le New York Times ainsi que le Los Angeles Times, c'est qu'avec sa femme Stanley G. Crawford possède une ferme à Dixon, c'est dans le Nouveau Mexique, & que la baraque porte un nom plutôt pastoral: El Bosque. Mais alors qui est Stanley G. Crawford? Fausto l'a cité une fois tandis qu'il parlait des polars que Markson avait écrit sur la faune artistique du Village mais rien de plus. Mais Sacrebleu qui sont Gascogne & Stanley G. Crawford?!? Ces deux tarés qui m'ont fait mourir de rire pendant une semaine?




Je vais vous dire une bonne chose, & en fait ça déjà été fait: une fois qu'on a fait le tour de toutes les intrigues dans le roman policier, une fois que la section faits divers des canards a été pillée dans tous les sens, une fois qu'on a lu Le Grand Nulle Part & Le Dahlia Noir... que reste t'il aux fans de polars mis à part des copies de copies de copies de copies...? Il reste l'humour mes loulous! L'univers atypique d'un auteur qui ne ressemble à aucun autre! Des personnages hallucinants & singuliers &, tu l'croiras tu l'croiras pas, c'est exactement ce que Stanley G. Crawford balance avec son Grossium.

Une scène de crime inaugurale vraiment intelligente, diablement mystérieuse, subtilement burlesque plante l'intrigue. Rien de moins pour lancer Gascogne sur la route (qu'il ne quittera pour ainsi dire jamais) à la recherche d'un meurtrier foutrement malin. Alors on ne sait pas bien... c'est assez confus vu que le Gascogne en question n'est ni flic, ni détective privé par contre il possède la moitié des journaux de la ville, génère à peu près tous les projets immobiliers en cours dans la région, il est aussi propriétaire des CAFETARIAS SPECIALES DES FAMEUX HOT DOG GEANTS DE ROBERT LOVE, de quelques laboratoires militaires, des STATIONS SELF-SERVICE BIG PAPA dans lesquelles tout un chacun peut acquérir du SUPER-BIG-PAPA-ROUGE-ULTRA-RICHE-EN-OCTANE ainsi que des bidons de SUR-RAFRAICHISSANT-BIG-PAPA-LE-RENOVATEUR-DES-RADIATEURS etc etc... pendant exactement 218 pages & trois lignes sur la 219, Gascogne va cadriller la ville au volant de sa voiture, se faire ouvrir des péages sans payer avec ce simple mot de passe: "C'est moi, Gascogne!", interroger tout ce que ce bordel de roman hilarant compte de personnages absurdes, passer commande d'une douzaine de voitures volées, acheter trois tonnes de blé dont la moitié sera revendu sur le marché asiatique, participer à une bataille rangée au coeur même du QG de la police (la scène où Gascogne quitte le champ de bataille est dantesque, à la limite du pastiche d'un mauvais western, drôle au possible), trafiquer la vente de mini-souris en vue de détruire les réserves en céréales de la Russie le tout ... sans quitter sa bagnole! Mais ça aussi je l'ai déjà dis. A noter par ailleurs & en substance que Gascogne, qui porte le même nom qu'un célèbre footballeur anglais & ivrogne à la droite du Seigneur, ne bois pas une goutte d'alcool durant toute l'enquête. C'est assez rare dans le monde du polar pour être souligné & puis c'est tout!



Mais n'allez vous faire de fausses idées sur ce roman. Ça n'est pas que le joyeux cirque bordélique que je viens de décrire. L'intrigue, plus tarabiscotée qu'il n'y paraît, tient largement la route & offre même un final en forme de morale capitalo-self-made-man-tout-va-pour-le-mieux-même-si-c'est-pas-encore-ça avec un zeste de philosophie zen. Ah! Mes loulous, si vous voulez vous en payer une bonne tranche sans trop faire morfler votre tirelire vous avez le choix: lisez Le Grossium de Stanley G. Crawford & faites connaissance avec Gascogne ou écoutez New Values d'Iggy Pop.

Personnellement, je fais les deux.

samedi 19 janvier 2008

LE SON DE LA BRUYANTISSIME

samedi 19 janvier 2008 2
A propos de Armchair Apocrypha & de Live at New York d'Andrew Bird (Fat Possum Records).



J'ai une affection grandissante pour Andrew Bird parce que, depuis tout petit, j'adore siffler & avec Andrew Bird on peut s'en donner à coeur joie. Aussi, lorsque j'ai mis Armchair Apocrypha dans ma chaîne hi-fi d'origine nippone j'avais déjà la bouche en forme de trompette, joues gonflées au max, prêt à rameuter tous les oiseaux de la vallée. &, en fait, j'ai été plutôt surpris...



... Surpris mais pas déçu car ce dernier disque est un honnête travail qui marque une évolution dans la musique de notre oiseau chanteur/siffleur de Chicago. Beaucoup moins impressionnant (au sens propre comme au figuré) que ses deux premiers albums solo, Weather Systems & Andrew Bird and The Mysterious Production of Eggs, Armachair Apocrypha apparaît plus posé, peut être plus structuré, laissant pas mal de place aux musiciens derrière Bird. De quoi entendre de belles notes comme l'excellent jeu de batterie de Martin Dosh qui s'y connaît en baguettes, ça fait pas un pli. L'atmosphère du disque en est éthérée avec quelques envolées par ci par là. Du bon, mais pourtant pas de quoi se taper le coquillart par terre. En revanche, il se trouve que sur son site personnel, le bonhomme à eu la généreuse idée de mettre un live en téléchargement & mes loulous, moi qui ne suis pas un inconditionnel du live, je dois avouer que ça ma bien fait trembler les fondations, les certitudes, les a priori... moi & mes satanées fixettes irrationnelles. On y entend un Bird dont la voix atteint à quelques endroits (Why) l'émotion troublante d'un Jeff Buckley, je vous jure que c'est vrai! L'intro, entièrement instrumentale, à fait apparaître des dunes de sable dans mon salon. Au loin, une caravane de bédouins me ramenant du thé de Damas & le soleil juste au dessus. Ces circonvolutions de violons m'ont fait penser aux sonorités orientales des cordes de Pyramid Song. Le truc c'est que, quand vous vous êtes bien posé, la tête au soleil, Andrew Bird décide d'utiliser son instrument comme si il s'agissait d'une guitare. Je veux dire, vous imaginez le truc ?! Ting Tong Dungdung Duuunding! & le pire c'est que c'est beau! Les sons distordus qui sortent de ce barda de troubadour son proprement oniriques & décuplent une émotion qu'on ne trouve pas sur Armchair. Une pépite donc, comme ce A Nervous Tic... qui devient mystérieux, saccadé & franchement mélodique. Why déroule une quasi improvisation tsigane sur laquelle Bird susurre, scande & sussure encore quelques paroles complexes & les surprises affluent. Encore des surprises!





Le site d'Andrew Bird où télécharger lives, vidéos... http://www.andrewbird.net/AV.htm




mercredi 16 janvier 2008

CECI N'EST (PRESQUE) PAS UN LIVRE DE SF

mercredi 16 janvier 2008 10


A propos de La Manadologie de Céline Minard (éd. MF).



La Bruyantissime le répète: la littérature française est quasi moribonde..."quasi" parce qu'il y a tout de même une espèce de résistance romanesque qui s'organise autour de petits, petits petits éditeurs vulnérables - les éditions Minuscules par exemple! ou bien les éditions MF en l'occurrence! - & quelques jeunes auteurs créatifs malheureusement noyés, étouffés par le nombre hallucinant de non-auteurs sponsorisés à coup de plateaux télé débiles, de papiers-ascenseur signés Savigneau & autres conneries venteuses sans intérêt aucun. La littérature française est moribonde (n'en déplaise à Poivre d'Arvor - le frère de l'autre - qui aurait remis le magazine Time à sa place) & ses chers enfants nombrilo-blablateurs sont paumés, ça fait pas un pli. On aurait envie de leurs donner l'adresse de Pedro histoire qu'il leurs montre sa belle rose des vents... on sait jamais, ça pourrait les inspirer. Mais bordel! Où est passée cette génération d'auteurs, héritiers de Rabelais ou de Cervantes ou du Pynch, qui devaient remettre le roman fraaançais sur les rails d'une pure fiction, éclatante, sans fausses mimiques d'intello & tout & tout? Pourquoi est ce que les types du Fric Frac Club Electrique ne poussent t'ils pas ce merdier sans nom pour montrer de quel bois on se chauffe par ici? Quand est ce que Le Monde va se décider à faire un papier sur le travail précieux que fait une association comme Minuscule (au hasard... bien sûr)? O misère! Frustration! O lassitude des Terres Vaines! Arrgh...

En attendant un Claro bovarien, un prochain Chevillard ou quoi d'autre... je me suis dit que lire un Céline Minard me réconcilierait avec la production romanesque de notre Belle République. Je me suis dis ça les loulous & vous aussi si vous avez lu son dernier & excellent bouquin: Le Dernier Monde (Denoël). Alors j'ai farfouillé dans ma bibliothèque, qui est vraiment dans un sale état depuis que j'ai déménagé par ici, & suis finalement tombé sur un petit livre tout joli tout beau, couverture rose pimpant, sur lignée de bleu avec un titre fleurant bon les cours de philo en première année de fac: La Manadologie.



Je vais le dire tout de suite comme ça il n'y aura pas de problèmes avec ce que je vais balancer juste après: Céline Minard est un auteur de première bourre ce qui, à La Bruyantissime, implique du style, des idées & assez de cervelle pour bien organiser tout ça. Ceci étant dit, La Manadologie m'a posé pas mal de soucis & au final, sans que je ne remette en question mon jugement d'il y trois lignes, je dirais que c'est un livre moyen. Ma foi, c'est bien dommage mais ça arrive.

Le postulat de base était pourtant intéressant. Deux personnages, l'un est humain (le commandant Dancart) l'autre vient d'un système éloigné mais présente beaucoup de points communs avec un humain (mesdames & messieurs: le streck Maine!), vont devoir quitter leur base spatiale d'étude scientifique pour tout un tas de raisons dont je n'ai pas besoin de vous parler. Sachez simplement qu'ils y étudiaient la Manade, curieuse manifestation qui produit de manière autonome des, comment dire... des corps indépendants & uniques. Un peu comme les monades de Leibniz... oui mais alors c'est trop facile! Bref! Bref... Les voilà contraint d'abandonner tout le travail d'une vie mais bien décidés à mettre la main sur une nouvelle manade (il en existe des milliers, ils en sont persuadés) pour continuer leurs recherches. Rétrofusées en action. Balises interfocales branchées & tout & tout. Les voilà partis pour un voyage dans l'immensité galactique.

Si Minard avait écrit son livre au XVIIIème siècle & avait enlevé toutes les navettes spatiales de son histoire (en fait je suis vraiment bête & méchant, de navettes spatiales il n'y en a qu'une... sinon, à un moment donné, il y a un tapis volant... si si) on aurait presque pu l'attaquer pour plagiat. Ça aussi c'est méchant... je pourrait simplement dire que La Manadologie est un mix du Voyage de Gulliver, des Lettres Persanes, de l'Odyssée & d'Albator. Un sacré mix donc qui voit nos deux héros confrontés à chaque nouveau chapitre à un monde dont les us & coutumes mais aussi les modes de communication & de perception sont différents de ce qu'ils connaissent. Tout comme dans le fameux roman des Lumières (qui n'est pas tombé dessus à l'oral de français?), le héros principal (l'humain ici) est intelligent mais souvent englué dans ses préjugés, ayant du mal à penser par d'autres voies que celles qu'il prend d'habitude & c'est pourquoi, subtilité du contre-jour romanesque, on lui administre un compagnon plus discret dans le récit mais souvent plus ouvert, plus curieux, plus intuitif patati & patata... ici c'est Maine, le streck mais ce fut en d'autres temps Panglos, le maître de Jacques, Vendredi (même si la confrontation des points de vus se fit de manière plus basique dans ce cas précis) etc etc...




Le roman de Minard amorce alors une suite très originale, très intéressante de concepts, de perceptions nouvelles, de situations cocasses qui donnent toujours lieu à quelques réflexions philosophiques de bon aloi. Tout ceci aurait pu être au poil si Minard ne faisait pas pleuvoir sur sont récit une trombe de termes techno-scientifiques (vrais ou inventés) à faire pâlir un Dantec au top de sa forme. Ça paralyse trop souvent le texte & cet univers ultra référencé bourdonne sans qu'on sache trop quoi en faire.

Dans le dernier chapitre, qui est aussi un des plus emmerdants du livre mais qui pourtant donne la clé finale, nos deux compères parviennent à trouver la sagesse (après tout ce qu'on a ingurgité de méta-théorie & d'analyses scientifiques le contraire aurait été ennuyeux) & tout un champ galactique rempli de manades. On comprend alors qu'ils n'auraient (peut être) pas quitté la manade originelle mais que tous les mondes qu'ils ont traversé, ces bulles indépendantes & uniques (monades) étaient contenues les unes les autres dans LA manade, contenue dans une autre manade, contenue... c'est génial! C'est le délire! C'est surtout pas trop tôt!

Mes loulous ne soyez pas découragés par mes propos, comme je le disais Céline Minard est une de nos meilleurs auteurs & haut la main. Lisez Le Dernier Monde & vous comprendrez pourquoi.

L'OEIL DE ROCKY SCHENCK

Cliquez, laissez partir le son:



& prenez votre temps...
























































lundi 14 janvier 2008

BEATLESMUSIC: A DAY IN THE LIFE

lundi 14 janvier 2008 2

Le truc flippant avec A Day In The Life c'est que ça part comme un gentil morceau de folk & que d'un seul coup rien n'est plus pareil. Il a simplement fallut que McCartney pose trois quatre doigts sur le piano pour ouvrir la porte du sublime...


... un gentil morceau de folk, c'est pourtant ce que c'était la première fois que Lennon joua les notes devant George Martin. Dans la version démo que l'on peut écouter sur Anthology 2 (deuxième ou troisième prise) on entend la voix épurée de Lennon qui gratte tranquillement ses cordes. Il n'a encore que les deux premiers couplets (celui sur la mort de l'héritier Guiness dans un accident de voiture & clui qui parle des nids-de-poule de Blackburn, Lancashire), il lui manque un middle eight pour couler vers son dernier & troisième couplet. A ce titre A Day In The Life, en plus d'être un classique absolu, est tout a fait remarquable car c'est l'ultime collaboration entre Lennon & McCartney. Les deux compères avaient souvent écrit en tête à tête. Il se trouve que la plupart du temps l'un des deux arrivait avec une mélodie pratiquement bouclée & quelques paroles par dessus. Le second se contentait de mettre son grain de sel... pour notre plus grand bonheur ces interventions étaient souvent génialissimes. Ainsi sur A Day In The Life le "grain de sel" vient de McCartney qui ajouta son fameux middle eight dit "du réveil" (une sonnerie matianle indique l'endroit où McCartney doit prendre le relais & ce qui était une blague de studio devint un élément indissociable & idoine de cette chanson puisque les premiers mots prononcés juste après sont: Woke up, fell out of bed) ... le réveil donc, ainsi que cette "petite chose charmante" selon Lennon: I'd love to turn you on... charmante chose en effet qui poussa la BBC à censurer la chanson sous prétexte qu'elle encourageait la consommation de drogues (I'd love to turn you on peut se traduire par: "J'aimerais tant te brancher" mais aussi: "J'aimerais tant te faire planer").



La première séance d'enregistrement dura près de vingt heures. Les Beatles, qui avaient déjà le gros de la ligne mélodique, firent un bon paquet d'essais sonores, mixant à tout va, décuplant la voix de Lennon avant de l'enregistrer avec un micro enfermé dans un sac lequel était maintenu au fond d'une bassine remplie d'eau... gazeuse. Du grand délire à la Bibi. Restait un trou de 24 mesures entre le chant de Lennon & l'intervention de McCartney. A ce moment là, les Beatles n'avaient pas encore envisagé d'apocalypse orchestrale pour faire le lien entre les deux... mais ça n'allait pas tarder à péter dans tous les sens.
C'est toujours un sacré merdier pour savoir lequel des deux à eu l'idée d'intégrer un orchestre symphonique au morceau. La plupart du temps c'est le genre de trouvaille qu'on impute à Lennon, le plus "original" des Beatles. Pourtant il semblerait bien que l'idée vienne de McCartney qui était le plus féru d'instrumentalisation classique & écoutait du Stockhausen en boucle à cette période. Quoiqu'il en soit, cette idée fut LE super grain de sel de tous les grains de sel que comtait l'énooorme salière d'Abbey Road.

La chose marrante avec les Beatles c'est qu'ils ne connaissaient pas le solfège. Ils écrivaient leurs musique à l'oreille ou demandaient parfois à Martin de retranscrire les notes qu'ils désiraient sur papier. Lennon ou McCartney allaient souvent voir leur patient producteur pour lui demander si il pouvait trouver une "trompette humide qui sortirait des flots" ou un tas d'autres trucs de ce genre. & le pire c'est que Martin trouvait toujours un moyen d'y parvenir. Pour A Day In The Life il a fait convoquer une quarantaine de musiciens à Abbey Road & s'est vu contraint d'écrire les partitions de chaque instrument: "J'ai d'abord écrit, au début de ces 24 mesures, la note la plus basse possible pour chacun des instruments de l'orchestre. A la fin, j'ai transcrit la note la plus haute & la plus proche d'un accord en mi majeur qu'ils pouvaient atteindre. Puis j'ai mis une ligne mélodique un peu bizzare le long des 24 mesures, avec des points de repère pour leur indiquer en gros la note à atteindre à chaque mesure." Martin passa pour un fou auprès des musiciens car, en plus de leurs donner cette partition complètement foutraque, il leur demanda expressément de ne par faire attention à ce que le type d'à côté jouait: "Je ne voulais pas qu'ils puissent jouer la même chose." McCartney qui regardait avec beaucoup d'attention son producteur se souvint: "C'était intéressant parce que j'ai pu observer les différentes personnalités au sein de l'orchestre. Les cordes étaient commes des moutons, ils échangeaient tous des regards: "Tu montes dans la gamme? Alors moi aussi!" & ils montaient tous ensemble. Les cuivres étaient beaucoup plus excentriques. Les instructions de George (Martin) ont bien plus aux types qui jouaient du jazz... ça a donné un boucan épatant. Exactement ce qu'on voulait."

Prise comme ça, la chanson est marquée d'une gravité intense alors que l'enregistrement se fit dans la déconnade la plus totale. Les Beatles avaient demandé à Martin de porter son uniforme de la Guildhall Scholl of Music auquel il avait ajouté un nez à la Pinocchio pour diriger l'orchestre qui, lui, était affublé de gadgets en tout genre. Sur la vidéo de l'enregistrement on apperçoit un violoniste avec une patte de gorille tandis qu'un trombone se paie une paire de lunettes ahurissantes tandis que Lennon déambule parmi les musiciens avec une perruque de... chauve. Les Stones étaient là, assis bien (trop) pénards sur des tapis pakistanais, un max de journalistes se pressaient contre les sièges spectateurs, des caméras en pagaille pointaient vers l'orchestre au moment où George Martin, qui devait se demander bordel de diou se qu'il était en train de foutre, agita son poignet tout britannique & envoya la sauce!

Lennon voulait que tout le merdier gonfle gonfle pour exploser comme une bombe à la fin & finallement ils eurent l'idée de faire sonner un accord en mi majeur par trois pianos en même temps. Il fallut neuf prises à John, Ringo & Mal Evans pour arriver à un résultat satisfaisant. Ce mi majeur dure exactement 53 secondes pour fondre dans le silence le plus absoluu. 53 secondes qui cloturent 5'33' de pure génie & puis c'est tout!






A Day In The Life sur Antholy, version épurée où on entend Lennon compter la mesure par ces mots: "Sugarplum fairy... sugarplum fairy...". Plus loin sur la bande, là où deux jours plus tard l'orchestre fera exploser le studio, on entend Mal Evans égrener les 24 mesures pendant que McCartney massacre son piano:



Hallucinée & hallucinante, telle est la vidéo de A Day In The Life:







Sources: Mark Herstgaard

dimanche 13 janvier 2008

BEATLEMUSIC

dimanche 13 janvier 2008 4
Beatlemusic. C'est le terme qu'employait Lennon lui-même pour désigner le son reconnaissable entre tous qui sortit des studios d'Abbey Road de 1963 (date de l'enregistrement de Please Please Me) à 1969 & qui devait encore faire frémir les poils de la Bruyantissime aujourd'hui. C'est toujours un peu bateau de parler de quelque chose d'aussi universel que les Beatles. C'est un peu comme pour Marley ou des Quatre Mousquetaires... c'est tellement connu, on en a tellement parlé que même sans avoir jamais lu Dumas de sa vie ou de ne connaître de Marley que les sempiternelles (excellentes) chansons qui passent en boucle sur les ondes on a l'impression de posséder leur oeuvre malgré tout & toute entière. Mais ça vaut toujours le coups de s'y plonger plus profondément, ne serait ce juste pour mieux comprendre le phénomène.

Avec BEATLEMUSIC, ma énième catégorie de l'année, la Bruyantissime va non seulement se faire un gros plaisir, mais aussi analyser chaque semaine une chanson des Beatles. L'analyser dans sa création, son évolution, parler des anecdotes qui tournent autour dans le simple but d'éclairer un aspect si singulier de ce groupe qui décida, très tôt, d'arrêter les concerts pour devenir une hydre à quatre tête, un mythe de studio qui rendit fou toute une génération d'ingénieurs du son & dont la synergie entoura de poudre de perlinpinpin la moindre note, du moindre sillon, du moindre disque...

Au cours de l'enregistrement d' Abbey Road, pendant un jour, George Martin ne put se rendre au studio & demanda donc à un de ses assistants de le remplacer. Jeff Jarrett s'apprêtait à faire sa première séance de travail avec les Beatles lorsque Martin essaya de préparer son assistant, plutôt nerveux, à ce qui l'attendait: "Il y aura un Beatles là-bas, bon. Très bien. Quand il y en aura deux, parfait. Trois Beatles... eh bien fantastique! Mais voilà que la quatrième arrive dans le studio Jeff. Dès que les quatre seront ensemble, c'est là que tout leur charisme se fera sentir, la sorte de magie que personne n'a jamais pu expliquer. Ca se passera très bien entre eux & vous, mais vous serez conscient de cette inexplicable présence." La Beatlemusic...

La première chanson a passer au gramophone bruyantissime sera A Day In A Life dont la création mériterait un livre entier à elle seule. C'est aussi une des cinquante chansons que je voudrait entendre jouer le jour de mon enterrement. Le genre de symphonie grandiloquente & assez traumatisante pour laisser dans les mémoires un souvenir baroque en or massif pétrifié de génie.

vendredi 11 janvier 2008

HEROES

vendredi 11 janvier 2008 7














GREUELMARCHEN

A propos de Rêver Sous Le IIIème Reich de Charlotte Beradt (Payot).


Trente-trois ans séparent le premier des quelques trois cents rêves collectés par Charlotte Beradt (1933) de la publication de Das dritte Reich des Traum (1966). Entre les deux? Eh bien, pas mal de traumatismes justement, une fuite avec son mari vers Londres puis New-York où elle retrouve Hannah (Blücher) Arendt & Heinrich Blücher, l'ouverture d'un salon de coiffure dans son propre appartement, salon qui devint un véritable bouillon de culture puisqu'on pouvait y rencontrer Arendt bien sûr mais aussi Bella Chagall, Elizabeth Bergner, Hedwig Fischer (la femme de l'éditeur) tandis que dans la salle d'attente les maris de ces dames discutaient avec Martin, monsieur Charlotte Beradt lui-même. Des rencontres plutôt impressionnantes donc & surtout un immense travail de réflexion. L'histoire de cette collecte de rêves, cette compilation de "contes atroces" (Greuelmärchen) est tout aussi singulière que démonstrative. Dès 1933 Charlotte Beradt, juive & communiste (ce qui dans l'Allemagne de cette période est une sorte de bras d'honneur magnifique mais suicidaire), recueille des preuves contre la manière dont les nazis "malmenaient les âmes". Jusqu'en 1939 (date de son départ pour l'Angleterre) elle écoute médecins, artisans, ouvriers, fonctionnaires, juifs ou pas raconter comment l'arrivée des nazis au pouvoir a infiltré jusqu'à la part la plus intime de leur personne: leur inconscient. Elle en travestit les récits, les cache dans sa bibliothèque avant de les envoyer par la poste à l'étranger où elle les récupéra après son émigration.


"La seule personne en Allemagne qui a encore une vie privée est celle qui dort", cette phrase de Robert Ley, dirigeant du Reich, devait ironiquement être contredite par les travaux de Charlotte Beradt. A la manière de Kemplerer (d'ailleurs LTI pourrait être la partie "sonore" du livre de Beradt) elle va s'attacher à montrer comment, & de manière insidieuse, la propagande nazi mais aussi toute la terreur produite par cette machine de guerre idéologique vont bouleverser un peuple entier, parfois sans qu'il ne s'en rende compte lui-même. Son approche singulière tient au fait que, sans pour autant la rejeter complètement, Charlotte Beradt n'utilise quasiment pas la psychanalyse pour étudier sa matière. Il faut aller chercher du côté d'Hannah Arendt pour saisir toute l'intelligence de sa démarche. Reprenant la théorie de la philosophe allemande selon laquelle l'individu parfait d'une dictature n'est pas celui qui abonde déjà en son sens mais plutôt celui qui perd toute notion de jugement personnel, celui qui ne parvient plus à faire la différence entre le bien & le mal, entre la réalité & la fiction. L'ultime saccage des nazis (sans parler de la Shoah bien sûr) réside dans cette intrusion invisible mais tellement brutale qui mena une quantité incroyable de gens à ne plus savoir où était le vrai entre ce qu'ils vivaient au quotidien & les traces terribles que leurs laissaient des nuits monstrueuses. Martine Leibovici qui préface l'édition française du livre rend compte de cette troublante vulnérabilité: "L'ensemble des relations humaines est mis sous contrôle, abolissant ainsi la distinction entre privé et public: les murs protecteurs des demeures s'effondrent, rendant le moindre geste, la moindre mimique visible, livrant à l'écoute les conversations les plus privée" & plus loin d'ajouter: "La catégorie centrale de la terreur totalitaire est la suspicion qui ne vise pas les actes et/ou les prises de position d'un homme - ce qui correspond à l'élimination des opposants - mais ce que quiconque est susceptible de faire ou de penser, de sorte qu'aucune conduite, même exemplaire, ne met jamais personne au-dessus de tout soupçon." Victor Kemplerer, accentuant encore plus la gémellité de son travail, affirmait en parlant des discours d'Hitler: "Il est allusif, il met en garde, il menace - mais qui donc? On nous dit: nous savons tout, méfiez vous!". La pierre angulaire du livre est toute entière dans cette évocation qui nous permet une lecture des rêves bien plus précise. Des rêves politiques! Des peurs incontrôlables ramenant chacun à l'état d'enfant à qui l'on dit ce qu'il faut & ne faut pas faire, ce qu'il faut & ne pas penser... Père fouettard impalpable mais omnipotent qui fit basculer l'Europe dans la démence.

mercredi 9 janvier 2008

LE SON DE LA BRUYANTISSIME

mercredi 9 janvier 2008 9
A propos de Yes de MORPHINE (RYKO).

Alors voilà mes poulets, tant que je n'aurais pas trouvé le moyen de vos mettre des mp3 d'une classe ahurissante sur la Bruyantissime on le fera comme ça: du texte, la photo d'une pochette & quelques titres à écouter si Radioblog les a en stock (ce qui n'est pas toujours évident). Pour ce premier album du Son de La Bruyantissime les choses seront aussi lissent qu'un meuble suédois... enfin presque puisque le premier disque des ALBUMS LES PLUS SOUS-ESTIMES DE L'HISTOIRE DU ROCK'N'ROLL se trouve être l'inquiétant & néanmoins magnifique Yes de Morphine.


Vous savez, la première fois que j'ai entendu la voix désabusée de Mark Sandman c'était dans la voiture de Belane, il était 3 ou 4 heures du mat & on a dû passer à 130km/h devant l'hippodrome de Saint Loup (ce qui est rigoureusement déconseillé) alors que les baffles laissaient filtrer le saxo & cette petite litanie: "Yes, yes, yes... yes, yes... yes...". Avec les années c'est un truc qui m'est resté comme un impératif inconscient: Yes est un album qui s'écoute en voiture, la nuit ou alors défoncé dans son salon alors que les orages ont encore mis le grappin sur la fantastique cité.

Sur une seule chanson on ne s'en rend pas vraiment compte mais à l'écoute de l'album dans sa totalité on est surpris par la composition singulière de ce groupe, il faut bien le dire, atypique. Une basse très blues (Sandman faisait partie d'un groupe de blues, Treat Her Right), un saxo très jazzy, mais du côté obscur de la force & une batterie qui fait la navette entre les deux. En fait, Billy Conway, que Sandman a ramené de Treat Her Right, fait des va & vient incessants entre le blues & cette batterie soft pareille à celle d'un commando jazz façon Heldert Williams. La structure & le fonctionnement assimilés on envoie la sauce & force est de reconnaître qu'elle prend foutrement bien. Le saxo de Dana Colley démarre quasiment toutes les chansons un peu comme ce foutu harmonica du Dylan de la première période &PAF! la voix de Sandman coule comme du miel à mes oreilles.

Les proches du groupe ont toujours affirmé, sans qu'on puisse vraiment vérifier quoique ce soit (les notes de pochettes, même celle du best of, sont aussi fades qu'une hostie), que les textes de Sandman étaient très très autobiographiques. A l'aune de cette information Yes apparaît comme une histoire d'amour qui finit assez mal. Les premières chansons, qui sont d'ailleurs les plus mélodiques, racontent cet amour fantastique matiné de sensualité & de sueurs puis arrive le titre éponyme Yes & l'on sent l'équilibre vaciller pour tomber du mauvais côté deux chansons plus tard. C'est le mémorable Super Sex & cette formidable ritournelle: "Taxi, taxi... Hotel! Hotel!... I got the whisky baby... I got the cigarette...". Le son se liquéfie comme une belle injection de sexe extra conjugal, d'ailleurs Sandman (si ces textes sont toujours autobiographiques bien sûr) se pose des questions sur sa bourde (I Had My Chance) & ne tarde pas a passer devant le juge pour infraction au neuvième commandement (The Jury). Ici, le disque devient totalement fou. The Jury justement accuse un phrasé distillé sur une bande sonore menaçante, laquelle est torturée avec génie. Ça n'a rien à voir mais symboliquement ça fait un peu penser au L.A. Blues à la fin de Fun House. Du free jazz en or massif. L'album s'enfonce dans le délire organisé le plus troublant avec l'hallucinant Sharks réglé comme un compte-à-rebours en plein trip qui éclate au moment exacte où Free Love chiale ses notes sombres & ça n'arrange pas le millefeuille bien sûr. Sandman est dans la merde & c'est magnifique. Il se réveille après cette nuit cauchemardesque, son lit est vide, la fille a débarrassé le plancher. Gone for Good clos alors ce formidable helter skelter symphonique par une rédemption acoustique d'une surprenante douceur (Sandman joue seul de la guitare sèche pour la première & la dernière fois de l'album).

Quatre ans plus tard le leader de Morphine s'écroulera en plein concert à Rome, officiellement d'une crise cardiaque & Yes de rester un très grand album.

mardi 8 janvier 2008

MEALS AIRLINE

mardi 8 janvier 2008 8
Cliquez sur "play" & laissez vous aller
à une petite collation sur une
des nombreuses compagnies
que possède La Bruyantissime



British Airways





Tajikistan Airline









Kenya Airways










China Eastern










Aloha Airline











Lufhtansa








Mexicana Airline












Japan Airline











EasyJet










Bulgaria Holidays Air









Alaska Airlines








Air Kazakhstan










Air Algérie











Vietnam Airlines
(spéciale dédicace à Didi)










Air France






& si vous avez encore un petit creux, sonnez l'hotesse:
Airline Meals

(via Tsugi)

































lundi 7 janvier 2008

BLACK BOOK - volume V

lundi 7 janvier 2008 1
A propos de Je Hais Les Acteurs de Ben Hecht (La Découverte/Culte Fictions).


Voilà encore une bûche sombrissime qui vaut moins par son épilogue assez classique (mais infaiblement construit le bougre!) que par l'univers panoramique & fantasmatique qu'il déroule sous nos belles mirettes à grands renfort de déhanchés lubriques d'une pseudo Marilyn Monroe qui susurrerait quelques fantastiques bêtises sur un air de My Heart Belong to Daddy de derrière les fagots à toute l'Amérique. Ahaah! mes loulous, my heart belong to daddy... peut être bien mais Ben Hecht est loin d'être le dernier gredin sortit des studios d'Hollywood.
Né avec quelques années d'avance sur le siècle dernier, le bonhomme a suivit pratiquement le même parcours que beaucoup de surdoués de son espèce qui se sont retrouvés soit journalistes, soit correspondants de guerre, soit scénaristes, soit romanciers (de polars en principe) soit tout en même temps. C'est le cas de Ben Hecht qui commença sa carrière comme correspondant de guerre pour pas moins de 71 journaux qui attendaient avec une fébrilité toute contenue les papiers de se petit génie traînant ses blue jeans dans les tranchées boueuses du nord & pas les plus sympas puisqu'il s'est fait bombarder de gaz moutarde par les troupes françaises du côté de Ypres... Hitler se trouvait alors dans les tranchées allemandes, à quelques kilomètres de là. Un séjour à l'hosto qui donnera lieu à une série d'articles, les premiers du genre, sur l'état pitoyable des blessés revenant du front (articles non publiés sur le coup pour ne pas alourdir le moral des ménages ou du moins de ce qu'il en restait; même rétention partisane 25 ans plus tard lorsque Vassili Grossman fit le même boulot, côté russe cette fois ci) & retour chez l'oncle Sam où Ben Hecht va prendre lentement mais sûrement son envol.

Il délaisse le papier salissant des journaux pour les scripts glacés des studios & tape un grand coups lorsqu'il utilise son expérience de journaliste de faits divers pour écrire le scénario d'un film culte qui donnera lieu à un remake cultissime: Scareface. L'Oscar du meilleur scénario est à la clé. Viennent ensuite & entre autres Notorious, Gilda...
Le monde de Je Hais Les Acteurs est le miroir déformant de ce que Ben Hecht connu pendant toutes ses années de travail à Hollywood. Les portraits y sont grossis de manière hilarante (le personnage de Jérôme C. Cobb, le producteur, est au poil) sans jamais verser dans l'absurde ou le lourd dingue. Il vadrouille comme un maître de maison dans les arcanes de la Sainte Bobine, distribuant les clin d'oeil comme autant de places au box office. On le suit au pas de charge, essoufflé mais heureux comme un stagiaire de quinze piges qui n'en croit pas ses yeux de voir Lana Turner s'en payer une tranche avec Philipps Richards tandis que John Fitzpatrick lui renverse son centième whisky sour de la matiné sur la gueule... Là où Hecht est vraiment bon, ça n'est d'ailleurs pas très surprenant, c'est dans la construction de ses dialogues qui sont de véritables perles en la matière.
La moquerie a toujours était rejetée comme un élément dialectique sans fondements car souvent présentée sans aucune argumentation valable. Il faudra bien invoquer cette fameuse exception qui fait la règle dans le cas de Je Hais Les Acteurs tant les ricanements de Hecht maquillent à peine l'affection qu'il porte à un milieu plus que particulier.
Un des meilleurs, sinon LE meilleur bouquin sur le monde du cinéma de la grande époque... en même temps c'est le seul que la Bruyantissime ait lu Hi! Hi! Hi!

samedi 5 janvier 2008

L'OEIL DE GERARD DUBOIS

samedi 5 janvier 2008 2

























jeudi 3 janvier 2008

LE GOINFRE D'AMERIQUE

jeudi 3 janvier 2008 2

A propos de l'oeuvre de Thomas Wolfe.


OK bande de punks, tout le monde est d'accord pour dire que les gars intelligents savent très bien à qui ils doivent dire merci. D'ailleurs, c'est le genre de chose qu'ils font avec cette classe qui vous laissent plein d'effroi lorsque vous vous rendez compte que, dans des circonstances similaires, vous auriez été ridicules, voire vulgairement obséquieux. Mais pas eux non. Des types du genre Kerouac, Jezzy Kosiviski, Saul Bellow, Philip Roth & toute la clique des "grands redresseurs de tort de l'Amérique" comme Mailer, Vidal ou ce faux-cul sudiste de James Jones (Dieu s'occupera de lui bien assez tôt... en fait c'est déjà fait) ont du remercier Thomas Wolfe à chaque ligne que leurs fantastiques poignets nous ont laissé. Dans le cas précis, ce qui est troublant c'est qu'on se souvient plus de ceux qui ont dit merci que de celui à qui on l'a dit. L'avantage de piller un écrivain mort c'est qu'il ne se pleint jamais & que son éditeur peut faire ronfler les caisses en lançant à travers tout le pays des éditions à deux sous zébrées d'une bande écarlate: "Le roman qui a inspiré Kerouac patati & patata..."


Moi, je pense que Wolfe aurait bien aimé qu'on lui dise merci de son vivant; surtout que le gars a trimé comme un malade tout ça pour finir d'une commotion cérébrale à 38 ans. Il mesurait près de deux mètres. Dramaturge raté, rembarré par une douzaine d'éditeurs à côté de leurs pompes, Wolfe parvint tout de même à faire publier son premier roman en 1929, la même année que Le Bruit & la Fureur de Faulkner, autre énooorme sudiste qui sera peut être le seul à considérer Wolfe comme un grand auteur de son vivant. Première pierre donc suivit par une seconde arrachée de haute lute par son éditeur (Wolfe reprenait sans cesse ses textes & ne les laissé partir que sous la menace) Of Time & the River, parut en 1935. & ma foi, tout aurait pu partir de là. L'Ange Exilé est un roman monde incroyable, autobiographie d'un seul homme & de tout un pays qui mêle un sens de la photographie rédactionnelle déjà très novatrice pour l'époque (Kerouac dira Merci! Merci! jusque dans sa tombe) aux rondeurs décadentes du Dixieland début de siècle à la limite du classicisme élizabéthin, du genre Elliot Montgomery ou Peter Melhmann, l'odeur de la bergamote en moins. Tout aurait partir de là disions nous, d'autant plus qu'une belle polémique accompagna la sortie du livre vu que Wolfe y décrivit la vie & les petits secrets absurdes des habitants de Asheville & que ces derniers l'ont plutôt mal pris (depuis Wolfe a fait encore pas mal d'émules à commencer par Kerouac - ah bon?!? - & son magnifique Avant la Route où Lowell remplace Asheville & plus près de nous Tropper dont le personnage a connu une mésaventure similaire avec son plutôt-sympa-à-lire-détendu-à-la-plage Livre de Joe) mais le géant resta relativement inconnu du grand public. Qu'importe, Wolfe s'en tamponna joyeusement le coquillart & continua de faire son boulot de rapporteur génial.


Il le fit si bien qu'après sa mort toute la marmaille d'intellectuels new-yorkais vaseux qui dandinaient des fesses dans les cocktails mondains de Capote parlaient de lui comme de l'archétype de l'Ecrivain Américain, un peu comme le furent Hawthorne & Melville avant lui ou Kerouac (Merci! Merci! Merci!) à un moment donné, sur une période bien définie & même si le peuple qu'il représentait était un pays marginalisé, oublié sous la carpette poussiéreuse d'une route sans fin (whaou! quel lyrisme mes loulous!). Depuis le début ce pays démentiel a vu défiler ce genre de personnages sans se rendre vraiment compte de l'importance qu'ils avaient, car c'est bien eux (& quelques chanteurs folk comme Guthrie, Dylan, Neil Young & Springsteen) les véritables historiens de l'Amérique, les seuls chroniqueurs de ce foutu continent sans véritable Histoire. Ces types intelligents qui ont écrit les romans réalistes les plus délirants qui soient, flirtant sans cesse avec le journalisme épique (qu'à t'on fait de Dos Passos? Où sont les torchades fantastiques de Hunter Thomson? Pourquoi Lester Bang n'a t'il jamais reçu le NBA? Qui pourrait dire que Brautigan n'était pas un des plus ingénieux historiens que les Etats-Unis aient ignoré? Hum?), l'Amérique se démerde toujours pour nous en chier un quintal à toutes les décennies pendant que le Vieux Continent n'en fini plus de célébrer ses morts illustres. Ne pourrait on pas dire Merci! Merci! à quelqu'un d'un peu moins crevé que Sartre ou Céline? Mais la Bruyantissime s'égare à nouveau mes loulous & il est temps d'en finir avec cette parodie d'article rock pour aller se servir un muscat bien frais.

Sachez tout de même qu'à la mort de Wolfe des types moins intelligents que ceux dont on vient de parler mais foutrement plus cupides ont trouvé dans une malle semblable à celle de Pessoa une quantité astronomique de notes, feuillets, chapitres entiers desquels on tira deux romans posthumes: The Web & the Rock (1939) & You can't Go Home Again (1940).
A vos deniers!

mercredi 2 janvier 2008

REPRISE DES HOSTILITES

mercredi 2 janvier 2008 3

Figurez vous que le père Gilbert est venu manger dans le restaurant de mes parents hier soir & en a profité pour nous délivrer un message personnalisé à chacun. A mon père il lui a dit que le vin était bon. A ma mère il a demandé depuis combien de temps elle était avec mon père, ce à quoi elle a répondu avec toute la religiosité dont elle était capable: "35 ans mon papa Gilbert" & l'autre de sourire en enfilant son perfecto: "35 ans! Mais c'est qu'il doit avoir des couilles en or!". Ma mère de conclure: "Pour sûr papalito". Puis il s'est approché de Lazare qui était encore debout malgré un état fonctionnel pitoyable (mais des cheveux d'une douceur impressionnante) & il me dit: "Petit, ton père a du bon vin & des couilles en or (clin d'oeil vers ma mère qui tend le pouce en réponse), ta mère elle a un homme qui a des couilles en or & du coup c'est aussi un peu les siennes, toi... toi je sais pas mais ne lâche rien, quoique tu tiennes ne lâches rien... Sauf si c'est les couilles en or de ton père. Là Dieu ne peu plus rien pour toi!" & il a disparut avec un cape blanche posée sur son perfecto. HISTOIRE VRAIE.

En 2008 la Bruyantissime ne lâchera rien selon l'injonction du père Gilbert. La Bruyantissime devient exponentiellement plus belle, plus grande, plus forte, avec des couilles en or comme papa! Plus de meilleurs livres chroniqués (prochains à passer à la broche Wolfson, Stanley G. Crawford sur les conseils de Fausto, le générique par ordre d'entrée de l'Arc-en-ciel de la Gravité, un max de blagues au goût douteux sur les auteurs français qui oseront encore nous publier des histoires à dormir debout-couché-assis, un papier sur la manière dont les allemands rêvaient sous le Troisième Reich.... brrrrrr & pas mal de bons trucs encore), une Bibliothèque Noire toujours à la pointe, une PHGC qui avancera un poil moins vite que prévu vu que les éditeurs ne sont pas pressés de répondre à mes questions (prochains à passer sur le grill: Fiction & Cie & Présence du Futur) & de la musique en pagaille. En effet la Bruyantissime va développer sa Bibliothèque Sonore de manière à rendre chaque foyer qui cliquera dans les parages complètement dancing mad about love!

Voili voilou pour le programme. En espérant que vous avez passé de bonnes fêtes, que les effluves de champagne n'ont pas totalement disparues de vos cerveaux & que vos mirettes ne sont pas trop, comment dire... défoncées.

Vive la République & vive la Bruyantissime! & la mégalomanie aussi!
 
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