jeudi 24 avril 2008
L'OEIL DE JAROMIL
jeudi 17 avril 2008
PSYCHO BABEL
Non mais quoi, sérieusement Pedro, « Critique & Clinique »... tu penses vraiment que je lis ce genre de publication? Héhéhéhé... Même si j'en ai besoin sans aucun doute. Qui arrive vraiment à comprendre se que raconte Deleuze? Je veux dire - il utilise des mots de la langue française tout comme moi, ça fait pas un pli, mais la façon dont il les dispose, les combine, les confronte... c'est une langue inconnue pour mon cerveau imbibé d'alcool. La question n'est pas là de toute manière (quoique, la langue est bien au centre de ce papier). La question est: pourquoi ce livre a t'il été écrit? C'est ça la vraie question concernant Le Schizo & les Langues de Louis Wolfson. Qu'est ce qui a poussé ce malade mental à écrire un truc pareil?
Louis Wolfson n'est pas très âgé lorsqu'il entreprend l'écriture du Schizo & les Langues à la fin des années 60, mais il est déjà bien malade. Louis Wolfson est un schizophrène américain qui a décidé d'écrire un livre en français. Pourquoi? Parce qu'il n'avait pas le choix. Son personnage principal se nomme « l'étudiant en langues schizophrénique », « l'étudiant malade mentalement », « l'étudiant d'idiomes dément » & on a vite fait de comprendre que Wolfson se décrit lui-même dans ce que Paul Auster, qui sait très bien de quoi il parle, aurait appelé une autobiographie à la troisième personne.

mardi 15 avril 2008
L'OEIL DE MIKAEL HIRSCH




Cigarettes

Eiffel

Lisbonne

Texas

Paris
Mickaël Hirsch tient un excellent blog: OMICRoN
vendredi 11 avril 2008
2665 (fin)
V.
Comme déjà dit plus haut, Ulises Lima évoque l'admiration de Bolaño pour Joyce (Ulises = Ulysses bien entendu) & pour José Lezama Lima (quoique cette dernière affirmation, bien que pas entièrement fausse, peut être facilement remise en question par l'intervention de Morelli chez Pedro); Lezama Lima souvent considéré par certains comme un Joyce hispanophone. Cette interrelation semble aussi confirmer l'intention de Bolaño de créer, avec Les Détectives Sauvages, une épopée contemporaine (lorsque le critique le plus influent d'Espagne, Ignacio Echevarrìa, observa que Les Détectives Sauvages était « le genre de roman que Borges aurait pu consentir à écrire » il faisait certainement référence à la réinvention de l'épopée classique opérée dans le texte). Mais on a aussi entendu Bolaño dire que ce livre avait été écrit pour que lui & Mario Santiago puissent en rire. Malheureusement, Santiago fut renversé par une voiture dans les rues de Mexico & ne pu jamais lire le livre. C'était en 1998, l'année de sa parution.



mercredi 9 avril 2008
L'OEIL DE NATHALIE MARGAN
samedi 5 avril 2008
2665 & MISE AU POINT
IV.
Dans Les Détectives Sauvages Bolaño nous montre comment le temps nous punit pour les désirs rebelles de notre jeunesse...

Aucun personnage dans un roman n'est totalement ignoble ou répugnant lorsqu'il voit le jour avec adresse & clairvoyance. L'hilarante intellengentsia, dessinée par Bolaño, esthète snobe & pédante à souhait, est très comparable à celle qui évolue dans les cocktails de Mexico par exemple. Même le délectable, mais non moins étrange, personnage « Octavio Paz », dans l'un des passages que Bolaño lui consacre, semble avoir été longuement étudié. En contraste avec l'estimé Garcìa Madero, beaucoup des personnages qui se rappellent leur rencontre avec Belano & Lima en viennent vite à les mépriser, les qualifiant de « surréalistes aux rabais & de marxistes de pacotille » ou même de « bites molles ».
Il est difficile d'évoquer un écrivain, dans n'importe qu'elle langue, qui ait su créer tant de personnages féminins si différents & en même temps si crédibles, sensibles que ne l'a fait Bolaño (2666 en est plein de l'universitaire anglaise aux femmes de Santa Teresa mortes ou pas en passant par la mère de Rosa Amalfitano qui tombe amoureuse d'un poète incarcéré dans un asile de fous, le roman en est plein jusqu'à la gorge). La résonance des personnages féminins chez Bolaño suggère un autre aspect de sa singularité, du moins dans le contexte de la fiction sud américaine. Lorsque, par exemple, dans Marelle Julio Cortàzar fait le portrait de jeunes sud américains à Paris, une des implications du récit est que Paris se trouve être l'endroit où ceux-ci doivent trouver leur propre liberté & quelques intérêts dans la vie moderne à l'occidentale. Bolaño a fréquemment reconnu la dette qu'il avait envers le roman de Cortàzar, mais en définitive, dans Les Détectives Sauvages, la ville de Mexico, malgré toutes ses caractéristiques plus que typiques & ses dangers propres, a beaucoup plus de points communs avec des villes comme New York ou Paris qu'avec n'importe quel lieu sud américain traditionnel. Cela tient sans doute dans la manière très particulière qu'ont ses jeunes personnages un peu bohèmes & sophistiqués d'habiter le livre. Le roman décrit la ville au moment même où le monde entier découvrait Cent Ans de Solitude – une oeuvre dont l'immense succès eu pour conséquences de créer un folklore de stéréotypes de la vie en Amérique Latine & l'association, presque exclusive, de la littérature sud américaine avec un certain réalisme magique. Ceci depuis bientôt quarante ans maintenant.

Une des raisons selon lesquelles le Mexique apparaît alors comme une transposition du paradis à Bolaño & que le pays fut relativement épargné par la décennie de violence politique qui submergea le continent à la fin des années 60. Le Mexique a bien sûr eu droit à son 68 comme pratiquement toute la planète & sa culture en fut certainement affectée, mais, comme à chaque calamités qu'il a eu a subir, le pays a vite retrouvé un certain équilibre (« Lorsque le monde civilisé disparaîtra le Mexique continuera d'exister, lorsque la planète s'évaporera & se désintégrera le Mexique demeurera toujours le Mexique » affirme l'une des voix des Détectives Sauvages). Cette croyance est admirablement mise en scène lorsqu'un groupe d'écrivains mexicains de gauche se rend au Nicaragua sandiniste en voyage organisé. Ulises Lima qui fait partie du voyage, par accident semble t'il, s'éclipse de l'hôtel où les autres ne pensent qu'à boire & passe deux ans, deux ans sur lesquels nous ne saurons rien, à vagabonder dans un continent convulsé par la guerre jusqu'à ce qu'un jour, alors que tout le monde ou presque l'avait oublié, il ne réapparaisse à Mexico.
vendredi 4 avril 2008
jeudi 3 avril 2008
2665 (suite)
III.
Mais si les écrivains sont des gens si ignobles & médiocres, pourquoi devrions nous les aimer? Comment aimer la littérature & croire qu'elle puisse être héroïque?
Les Détective Sauvages nous fournissent quelques réponses à ce sujet.
Ce roman mexicain est en quelque sorte une extension d'Etoile Distante & de Nocturne du Chili qui, tout deux, se déroulent au Chili. Les trois traitant du Mal & de la Littérature.

« D'une grande distance, » écrivait Juan Villoro « il a construit un pays de mémoire, d'une véracité partiellement spectrale. »
Voici comment débute Les Détectives Sauvages:
J'ai été cordialement invité à rejoindre le mouvement viscéral-réaliste. J'ai accepté, bien sûr. Il n'y eu aucune cérémonie initiatique. C'est bien mieux comme ça.
3 Novembre
Je ne suis pas vraiment certain de ce qu'est le viscéral réalisme.
Les Détectives Sauvages apparaissent comme le portrait du jeune Bolaño en artiste (la référence à Joyce n'est pas fortuite). Le chilien Arturo Belano qui mène le mouvement avec son ami Ulises Lima (la référence à Joyce n'est pas fortuite, celle à Lima, quant à elle, est transparente) a eu une singulière révélation sur la « trinité de la Jeunesse, de l'Amour & de la Mort ». Le livre le suit jusqu'à ce que, sérieusement malade, il ne disparaisse en Afrique dans un délire proche de celui de Rimbaud. La fin tragique & folle de Rimbaud. De son côté, Garcìa Madero incarne le poète au moment de sa fougue adolescente & rebelle, persuadé que la vie de poète est la seule qui vaille la peine. Il arrête ses études, quitte la maison, monte une bibliothèque de livres volés (comme le jeune Bolaño) & bientôt n'a pas d'autre choix que de partir en voyage. Un voyage initiatique bien entendu fait de poésie & de poètes, des rues de sa ville & surtout d'amour & de sexe, car l'éveil sexuel de Garcìa Madero semble insatiable, promettant autant de possibilités & de danger que la ville elle même.
Dans la deuxième partie des Détectives Sauvages 48 personnes éparpillées à travers tout le globe (15 villes & 8 pays) semblent parler à un détective bien déterminé à mettre la main sur Arturo Belano & Ulises Lima. Il leurs court après depuis vingt ans.
Chacun parle de leur rencontre avec les deux poètes, digressant parfois sur leur propre vie. Ici, la narration n'est plus chronologique mais s'enroule autour d'une seule & même nuit durant laquelle Belano & Lima rendent visite à Amadeo, un vieux poète sans le sou qui serait la dernière personne, vivante à se souvenir de Tinajera. Il leur montre la copie d'une vieille revue dans laquelle fut publié le seul & unique poème de la poétesse.
Amadeo est surpris & heureux d'avoir été trouvé par les deux garçons. Il est surtout très heureux de pouvoir passer la nuit à parler poésie, revivre sa jeunesse & boire. Boire la dernière bouteille d'un mezcal qui n'existera plus une fois qu'ils en auront bu la dernière goutte. Vous connaissez déjà le nom de ce mezcal: Las Suicidos. Marque mythique désormais qui disparaîtra une dernière fois dans 2666 & réapparaîtra dans un épisode de V3 (votre bruyant serviteur à bien essayé de s'en procurer une bouteille, c'est tellement plus cool que du génépi Grand Tétras, mais impossible, la seule marque qui arrive jusque dans les Alpes est le mezcal Ultramarine... l'hommage à Lowry me convient amplement) « Ah, quelle honte de plus faire de ce mezcal » se plaint Amadéo « quel dommage ce temps qui passe, vous n'êtes pas d'accord? Quelle tragédie de mourir, de vieillir & de voir que tout ce qui est bon s'éloigne de nous. »

Dans Les Détectives Sauvages Bolaño nous montre comment le temps nous punit pour les désirs rebelles de notre jeunesse...
----------------------------------


















