mardi 23 juin 2009

A poils!

mardi 23 juin 2009 1









































dimanche 31 mai 2009

LA VIE EST COURTE: LISEZ DE BONNES REVUES

dimanche 31 mai 2009 0
>>>Le second numéro de CYCLOCOSMIA consacré à José Lezama Lima paraît mardi 9 juin 2009. Disponible dans les librairies strasbourgeoises à cette date, il sera placé dans la semaine à Paris, entre autre. Il est possible de le précommander directement à l'association (voir modalités) ou de le réserver chez votre libraire n'importe où en France, qui vous le fera parvenir.On y trouve comme à chaque fois, des textes d'invention (nouvelles, proses poétiques) autour de thèmes, et un large dossier consacré à un auteur : l'extraordinaire cubain José Lezama Lima. Une vingtaine d'auteurs et d'artistes ont participé au numéro, on pourra découvrir le sommaire ici. Le numéro fait plus de 200 pages et est au prix de 22 euros.>>>A l'occasion de la parution du numéro, Antonio Werli & plusieurs auteurs du numéro feront une présentation à la Librairie L'Arbre à Lettres Denfert à Paris le jeudi 11 juin à partir de 19h00 !!





Blason :- José Lezama Lima : "Le Cours Delphique" (inédit)

Invention :- garp : "Entre les deux"- David Schnee : "Poésie 26"- Emmanuel Bourdaud : "Dans la poussière"- Guillaume Vissac : "Melliphage"- David Gondar : "L'Arrastre"- Emilie Notéris : "Moleskin Weapon"- Eric Schwald : "L'Auditorium"- Alain Giorgetti : "Apologie d'une star de la faim"- Julien Frantz : "Emmett Grogan, digger with attitude" (essai)

Observation :- William Navarrete : "José Lezama Lima - Un étrusque, un être anachronique - Hors du commun"- Antonio Werli : "José Lezama Lima - Repères chronologiques, bibliographie sélective"- Olivier Renault : "Lezama Lima - La foi dans l'encre"- Julien Frantz : "Hétérogenèse de l'image - Absence, distance et différence dans la poétique de Lezama Lima"- Pacôme Thiellement : "L'objectif ultime de la littérature"- José Lezama Lima : "Nouveau Mallarmé" (inédit)- Pedro Babel : "Lezama Lima, le "Proust" des caraïbes ? - Jeux de miroirs transatlantiques"- David Gondar : "Bestiaire pour une décapitation - Du jeu de mains au "je" de vilains"- Benito Pelegrin : "Miroir, double, homologue et homosexualité dans Oppiano Licario de José Lezama Lima"- Armando Valdés Zamora : "Le corps écrit de José Lezama Lima"- Ivan Gonzalez Cruz : "Lezama ou l'invité de pierre"- Enrique del Risco : "Lezama : le calamar et son encre"

Illustrations :- Bertrand Secret : "Extrospections"- José Lezama Lima : "dessins" (inédits)

Tothématique :- Julien Frantz & Antonio Werli



dimanche 24 mai 2009

Photoshopoem

dimanche 24 mai 2009 0


Luigia Sorrentino


mardi 5 mai 2009

L'OEIL DE LEGOFESTO

mardi 5 mai 2009 3








jeudi 12 mars 2009

BAGARRES

jeudi 12 mars 2009 10
A propos de

L'Odyssée Barbare
de Daniel Sada
(Le Passage du Nord-Ouest)

Roman
d'Onuma Nemon
(Verticales)

A Bas la Critique
de Raymond Cousse
(Cent Pages)

Nous Autres
de Stéphane Audeguy
(Gallimard)

& de quelques bêtises
concernant
l'auteur de ce blog


Lazare Bruyant meilleur critique littéraire au monde (arguments en béton, lecture & relecture impitoyables des oeuvres incriminées, grille d'analyse infaillible, sens du jugement équilibré)
Vous voulez que je vous dise? Le livre de Daniel Sada est un grand livre ambitieux & agaçant. Je l'ai beaucoup aimé même si, à certains moments, j'aurais voulu avoir Dany sous la main pour lui dire ma façon de penser: « Dany merde! Arrête avec tes points de suspensions à la con, tes « hum », tes coupures intempestives, tout cet attirail dont tu uses & abuses & qui fait dire – on serait presque tenté d'affirmer: qui oblige la quatrième de couverture à dire que voilà une « oeuvre joycienne » & de traduire le titre original (Porque parece mentira la verdad nunca se sabe) par une prétentieuse & affiliée: Odyssée Barbare». Est ce que c'est dommage? Je n'en sais fichtre rien. Faudrait poser deux trois questions à Claude Fell, son traducteur. Personnellement, j'aurais bien vu Chronic'art en faire sa couverture du mois (ou alors un long article portant sur la littérature sud-américaine actuelle comme un ensemble complexe d'étoiles tournant autour de l'astre noire qu'est Bolaño) quand on n'a juste laissé à Olivier Lamm l'étroite chronique d'une mini colonne pour se dépatouiller d'un tel monstre. Est ce que c'est dommage? Oui, assurément, car les articles intéressants sur le livre se comptent sur les doigts d'une main amputée (je ne parlerai pas des amis & collègues au risque de passer pour un petit Savigneau 2.0... Oh! & puis merde: Bartleby ici & Antonio ). Ceci dit, un grand livre ambitieux & agaçant, un peu comme l'était Velum, c'est déjà beaucoup.
Je ne parlerai pas non plus de Roman d'Onuma Nemon (Nom Nom pour les initiés) dont le dernier Matricules des Anges fait la discrète éloge (au passage, le d'habitude-très-bon-Richard-Blin nous gratifie d'une honteuse recopie de quatrième de couverture qui n'est pas de son genre – en même temps je parle de deux phrases d'un article bien plus long). Roman d'Onuma Nemon aurait certainement comblé Flaubert d'aise car voili voilou un livre qui ne tient, qui VRAIMENT ne tient que par son style & basta. Une belle & mélancolique & poétique écriture (ah le beau collier de poncifs!). A part ça rien de nouveau sous le soleil. Une famille (d'origine espagnole, la dictature, le passage des Pyrénées, etc) soudée dans l'adversité. Une histoire typiquement française (voire les subtilités sus nommées). Un frère mort trop tôt. Un manque s'en suit bien sûr qui fera naître une oeuvre singulière & poignante (voire aussi & à ce sujet le « Crâne du frère mort » de l'auteur sur la couverture). Singulière? Hormis ce style magnifique, pas tant que ça en fait. Des souvenirs âpres, tristes, durs. Des échos. Une spécialité en littérature, mais le problème n'est pas là. Il paraît que Lanzmann vient de sortir un livre de mémoires. Des échos & un peu plus pourlui tout de même. Dommage que Pivot ne soit plus là pour nous prédigérer tout ça.

Lazare Bruyant fan de stratégie & de jambon
Ce qui m'amène tout naturellement à Raymond Cousse dont la lecture de A Bas la Critique me fait bien marrer. Pivot & Cousse c'est un peu comme Stalker & Assouline. C'est méchant, hilarant & un poil vulgaire. A propos de Pivot justement: « Conservant ce qu'il vous reste de tête pour le football, vous écrivez & pensez en effet avec votre gros côlon ». Aïeuh. Plus loin c'est Poirot-Delpech qui morfle: « ... ai lu dix mille de vos chroniques, théâtre & littérature. Un peu de vos livres aussi, Grand Dadais, La Folle de Lituanie, ces titres qui vous résument. » & une dernière phrase pour la ligne adressée au directeur du NRC Handelsblad dont l'une des journalistes avait descendu une pièce de Cousse. Chaud devant: « Si féministes convaincus que nous soyons l'un & l'autre, Monsieur le Directeur, vous admettrez qu'il s'agit là des propos affligeants d'une foutue salope »... pfff! Yves Calvi en aurait fait une émission pour savoir si, aujourd'hui, de tels propos seraient encore possibles. Faudra tout de même jeter un oeil à ses romans, histoire de voir si il est à la hauteur de ce qu'il critique. Mais ça fait quand même du bien par où ça passe.

Lazare Bruyant bientôt disponible chez Colette
Tout ceci est facile me direz vous, encore plus pour un dilettante comme moi. C'est que je ne peux pas tout faire à la fois. J'essaie de monter une collection de lunettes de soleil relativement originale & ça prend du temps. La plus grande d'Europe. D'ailleurs, en parlant de lunettes de soleil, je vois que l'un des mes héros suicidés préférés fait l'objet d'une rétrospective photo laquelle donne lieu à un magnifique bouquin valant... 3400€! (Coffret Hunter S. Thompson: Gonzo chez M+B, édition limitée... tu m'étonne!). Disponible chez Colette. Raaaaagh! La poisse cette Colette, sans déconner. Y'a t'il, au monde, deux choses plus éloignées l'une de l'autre que Hunter S. Thompson & le monde bobo-chic-&-choc des étagères de cette boutique de fringues & de gadgets hors de prix?

Lazare Bruyant écrivain de génie dénigré par la critique! (conseil de lecture: à ceux qui n'aiment pas l'excellence de la fiction poussée à son paroxisme: passez au paragraphe suivant & n'oubliez pas de vous mordiller les doigts en même temps)
Mais qu'importe! Je suis aussi en train de devenir un personnage qui vient d'entamer le troisième début de roman en moins de six. Attention, passage auto-fictif (Chevillard, la bise):
Mon nom, comme vous le savez, est Lazare Bruyant & c'est mon vrai nom. Vous avez certainement entendu parlé de moi dans les journaux ou avez vous reçu un sms d'Orange vous proposant un abonnement portant mon nom. J'aime relever mon cappuccino de Kahlua (que l'on appelle Tanger Cream) ou de Chartreuse (le génépi c'est pour les touristes, j'ai décidé d'un coup). J'ai trois costumes identiques bleu nuit, sept polos rose pâle, des derbys en cuir noir qui m'ont coûté les yeux de la tête & une paire de Persol 714 pliables (714 + pliables = pléonasme) & je suis en train de devenir le mythe fuyant de mes propres fictions – la faute à Colette Manette. A une époque, j'habitais encore en ville, je voulais écrire des livres très épais (j'aurais aimé être l'auteur de L'Homme Sans Qualités à la place de Musil pour, parodiant Flaubert & sa salope d'Emma, m'écrier: « L'homme sans qualités, c'est moi! »). J'adorais Manchette (les chroniques pas ses romans qui sont plus que moyens à mon goût... que j'ai bon – un peu comme Kundera d'ailleurs), je vénérais Pynchon, Kerouac & Kafka & me suis dit que si j'arrivais à mixer tout ça ensemble (la lucidité & l'ironie de Manchette, l'onomastique de Pynchon, le style de Kerouac & tout ce qui ne va pas chez Kafka) avec une intrigue bien barrée j'allais devenir foutrement célèbre, avoir pas mal de fric pour m'acheter d'autres polos rose pâle, la gamme complète de Persol pliables & faire l'amour avec des nanas sensas, des tas de groupies qui se seraient organisées en fan clubs à travers toute la planète & qui hurleraient mon nom lorsque je descendrais de mon jet privé que j'aurais fait peindre en noir comme celui du patron de Playboy. J'ai toujours rêvé d'être reporter pour Playboy maisBREF! Je me suis donc mis à écrire &, ma foi, c'était bien parti je trouve. J'ai commencé ce qui allait être le plus grand polar jamais écrit depuis qu'Ellroy est devenu totalement sénile & se trimballe avec Bruce Wagner (le crétin, voui) dans une limousine d'où il appelle une ex copine en se faisant passer pour un chien ou raconte tout un tas des conneries sur Bukowski... je vous jure que c'est vrai. Il est complètement au bout du rouleau. J'écrivais, j'écrivais donc, je tapais de mes belles mains d'aristocrate aux doigts longs, fins, subtils, les suites de lettres qui allaient dévoiler mon incroyable audace à l'humanité reconnaissante. A l'époque j'étais jeune & plein d'enthousiasme (aujourd'hui, à 29 ans, je le suis juste un peu moins) mais je n'avais aucune pratique. J'étais un diamant brut qu'il fallait tailler. Mon roman devait être une espèce de saga des temps modernes, le genre de livre qui ne vieillirait jamais, le genre de livre que les intellos m'envieraient pour son érudition éblouissante, sa construction alliant un soupçon de post-modernisme à une structure totalement originale & que le peuple adorerait parce qu'il lui parlerait simplement , lui raconterait l'histoire du Bien contre le Mal avec des passages où le Bien ne sait plus si il ne devrait pas faire aussi un peu de mal avant de se reprendre & de faire triompher le bien & l'amour - & les gens le liraient en se disant qu'il sont en train de vivre quelque chose (de-oulalala-de-bordel-de-diou!) d'unique sans savoir vraiment quoi, ils le liraient en se disant que la littérature française n'est pas morte après tout, que les romans à la papa de Michel Déon & ses putains de rois à la con ou de Max Gallo qui ne s'épargne aucune hagiographie dans le Figaro pour lequel il bosse dur (hi-hi-hi), le Figaro dont tout le monde ici connaît la célèbre devise... AH AH AH AH AH! Quel pays épatant! Je me régale (déjà dit quelque part ce refrain...). Tout ce caca bouda in folio est bon pour la casse! & le peuple passerait mon livre à ses enfants qui l'adoreraient à leur tour, y trouveraient quantité de choses que leurs parents n'avaient même pas remarqué ou voulu remarquer mais qui, pour eux, seraient cruciales parce qu'ils s'y reconnaîtraient, un livre de leur époque, qui les comprendrait & leurs donnerait une voix, un espoir, du rêve & alors ils en feraient un culte & on adapterait le livre au cinéma & cette oeuvre qui circulait secrètement depuis des années dans l'ombre, qui se passait de mains en mains, qui provoquait des soupirs à peine retenus deviendrait un livre monde, un best-seller parmi les best-seller, un échelon pour toute la civilisation & chaque habitant du globe y trouverait son compte, les européens y embrasseraient l'art de la fiction dans sa plus pure forme (Fils de Rabelais! Lève toi!), les américains de l'action & des complots, les africains une oralité retrouvée & enfin reconnue, les asiatiques seraient comblés par le culte du secret qui y frissonnerait à chaque lignes... tout le monde y trouverait son compte, chacun le laisserait traîner sur sa table basse où le fiston s'en emparerait à son tour & le laisserait traîner sur sa table basse &... la gloire en toute lettres quoi. Chiaro e tondo!
Sincèrement, même aujourd'hui quand j'y repense, ça aurait pu marcher.
Le livre était sensé raconter l'histoire du Christ mais transposée dans une famille de mafiosi de San Luca, en Calabre (Question d'actualité: il paraît que la Cosa Nostra & la Camorra ça n'est plus ce que c'était. Maintenant il numero uno c'est la N'drangheta). Je trouvais ça au poil comme idée. C'était du jamais vu! « Quoi?!? Qu'estcequicomment ça? La vie du Christ dans une famille mafieuse de Calabre? Aujourd'hui? Le Seigneur en parrain? Mais c'est génial!!! » Tu parles Coco que c'est génial. Marie-Madeleine aurait tenue une place bien plus grande que dans le texte original qui, à mon sens, mériterait quelques coupes. Enfin bon, ce que j'en dis... blah blah blah, pas vrai?... quoiqu'il en soit ça n'a pas marché. Les éditeurs auxquels j'ai fait parvenir mon manuscrit m'envoyèrent tous une belle lettre avec le fameux « ... ne correspond pas à nos attentes éditoriales du moments mais... » blah blahblah... J'étais trop en avance. Je dérangeais. Je me consolais en me disant que Gallimard avait laissé passer Céline avant d'aller le piquer à Denoël. (Un sacré voleur Gaston.). Malgré tout, cet échec ne m'a pas fait dévier de mon objectif. Je me suis alors mis à écrire l'histoire d'un gars qui un jour trouve une photo parterre pendant qu'il est en train de se balader &, sans savoir pourquoi, la range dans son porte feuille. Un soir, alors qu'il est complètement ivre au volant de sa voiture, il se fait arrêter par la police qui en inspectant ses papiers tombe sur cette photo. Hors, il se trouve que c'est le portrait d'un terroriste recherché par toutes les polices d'Europe. Les policiers qui l'interrogent lui apprennent qu'il s'agit d'un ancien romancier célèbre mais que personne n'a jamais vu & qui est devenu une sorte de gourou pour quelques illuminés en manque d'idéaux & qui, petit à petit, n'arrivaient plus à faire la différence entre l'art & la violence. Un certain Benno von Archimboldi. Les gens disent que c'est un ancien nazi parce qu'il a fait la guerre & qu'il est allemand & aussi à cause de ce qu'il est devenu. Mais c'est des foutaises. « Foutaises! » criai je à ma machine tant je m'étais impliqué dans l'intrigue. Les policiers demandent donc au gars de les aider à retrouver cet Archimboldi mais il n'y arrive pas. Bien sûr. Non seulement il ne retrouvera jamais Archimboldi mais en plus il se perdra lui même. Cette histoire était certainement ce que j'avais écrit de mieux jusqu'alors mais personne n'en a voulu. J'ai donc attaqué une nouvelle histoire. Une vaste embrouille d'appels téléphoniques... & j'y suis encore jusqu'au coup.

Lazare Bruyant est de mauvaise foi & pas qu'un peu
Le Matricules des Anges (bis repetita) fait sa couverture de mars sur Stéphane Audeguy avec une photo à la Fleischer, genre: contre-plongée sur un front proéminent avec les sourcils cintrés qui disent toute l'intelligence qu'ils gardent tout en barrant les yeux (bleus) en deux amandes inquiétantes. « Éloge de fiction » qu'il disent (sur Audeguy par sur les violons de Fleischer). Je viens donc de le commander, ça me fera deux livres sur l'Afrique en moins de deux semaines puisque je suis en train de finir le Calaciura. Mais je m'inquiète un peu parce lors de l'interview le bonhomme (dont la tête me fait penser à un homme politique mais je ne sais plus lequel... j'arrête pas de me dire Xavier Bertrand mais en fait non! C'est pas ça du tout! Il me fait penser à Lagardère en plus grassouillet), je disais donc que notre écrivain « qui à passer deux mois au Kenya pour écrire ce livre » (gage de qualité sans doute) sort des phrases qu'on ne saurait replacer dans leur contexte de peur d'en perdre tout le peps: « La littérature française ne m'intéresse pas. C'est la littérature universelle qui m'occupe, & si il y a des chef-d'oeuvres dont les auteurs sont français tant mieux. Si l'on se place à une échelle un peu plus grande, les débats français paraissent assez peu intéressants. (Comment ne pas lui donner raison mais attendez! Ça continue) C'est vrai que j'ai beaucoup lu la littérature anglo-saxone, mais aussi Murakami, la littérature japonaise donc. » & la meilleure mon pote! Un peu plus loin, parlant de son premier roman La Théorie des Nuages (un titre à la Murakami pour le coup): « Pourquoi ai-je choisi ce sujet des nuages? Bien entendu, volens nolens, on est amené à ce situer. (Bien entendu) Le nuage est un non-objet. La météorologie m'intéresse parce que c'est mondial. Parler des nuages, c'était parler d'un monde fini, au sens de la finitude. Mais c'est aussi un roman écologique au sens très large & le mot « fini » est à entendre d'une autre façon. »... mmmm... parler des nuages, c'était parler d'un monde fini, au sens de la finitude... évidemment, pris comme ça, ces phrases peuvent ridiculiser n'importe qui. Même l'auteur d'un roman écologique au sens très large. De plus, il va bien falloir que j'attende d'avoir lu le livre avant de faire mon Raymond Cousse sinon je vais me faire taper sur les doigts & ça sera bien fait. Parce que là, je donne l'impression qu'Audeguy enfile les perles comme d'autres les commentaires assassins. Il se trouve que tout au long de cet entretient l'écrivain (qui a passé deux mois au Kenya pour écrire son livre, c'est important) dit des trucs assez intelligents & plutôt bien sentis, notamment sur le film Slumdog Millionaire. Quoiqu'il en soit, nous verrons bien. Lazare Bruyant est patient.

mardi 3 mars 2009

JOURNAL DU NORD

mardi 3 mars 2009 0
A propos de
La Maison au Bord de l'Oniégo
de Mariusz Wilk
(Noir sur Blanc).


Il arrive parfois que les hommes décident d'opérer une rupture d'avec leur monde, leurs habitudes, leurs convictions – on en voit quelque fois se terrer au fond des bois & passer leurs journées à y penser. Ainsi naissent des sortes d'archétypes littéraires un peu bancals & multifonctions comme Walden. Ainsi se souvient t'on (presque) exclusivement de Thoreau. Plusieurs centaines d'années séparent Thoreau de Mariusz Wilk, écrivain polonais, & pourtant la même démarche, le désir similaire de s'imprégner d'un monde singulier en même temps que quotidien, en feraient presque des contemporains.
Publiés régulièrement dans Rzeczpospolita, un des principaux quotidiens de Varsovie, les réflexions qui émaillent La Maison au Bord de l'Oniégo font suite au Journal d'un Loup premier volet de ce travail au long cours qui fit de son auteur une sommité dans son pays.
Réflexions personnelles donc, mais aussi historiques sur la Russie & plus particulièrement sur la Carélie (nul n'est prophète etc etc...), cette région limitrophe de la Finlande, ouverte à toutes les influences, recueil de textes lyriques (un peu trop Sacre du Printemps parfois) sur la grandeur & la beauté de la nature, ce livre est une véritable mosaïque littéraire faisant l'éloge de l'intime & de l'universel. Si c'est pas beau ça... Mais comment donc? La réponse est donnée dès les premières pages tandis qu'une journaliste russe, venue l'interviewer, lui demande pourquoi il a choisi cette région là pour comprendre la Russie (une de ses nombreuses autres démarches). Pourquoi s'être installé si loin de tout, dans ces terres soumises à tant d'influences extérieures, & Marius Wilk de répondre que c'est justement dans ce genre d'endroit perméable, au confluent d'autant de cultures (russes, finnoises, mais aussi polonaises) que ces dites cultures se conservent le mieux, de peur de se retrouver « noyées ». Ainsi, poursuit-il, c'est bien en Carélie & non à Moscou ou Pétersbourg, qu'à été retrouvé l'un des plus vieux texte traditionnel russe. La journaliste, qui ne se démonte pas, lui fait remarquer qu'il aurait très bien pu aller en ville où les attraits culturels & intellectuels sont plus importants. Réponse de l'ermite: « Pour bien examiner le nouveau visage de la Russie, j'ai pensé qu'il ne suffisait pas de regarder la face épanouie des nouveaux russes dans les pubs de la rues Tverskaïa, dans les couloirs du Kremlin ou sur les écrans de télévisions, mais qu'il fallait aussi voir les figures de ceux qui sont restés sur les lieux détruis, regarder leurs yeux ivres, fous. » (p22).
Contemplatif, exacerbant un caractère posé où l'on perçoit d'innombrables silences méditatifs, Mariusz Wilk emploie son isolement pour prendre de la distance avec les évènements, les examiner avec attention, sans précipitation. Aussi, apprend t'on qu'il n'a entendu parler de la guerre en Irak seulement deux semaines après que la statue de Sadam fut mise au sol & encore, par un pêcheur qui passait par là. C'est aussi dans cet isolement qu'apparaît tout le « mysticisme » du livre, les influences millénaires qui refluent dans la solitude blanche de la Carélie où la culture chamanique est encore très présente. Passant du journalisme anthropologique à l'anachorète inspiré, Wilk demeure dans un incessant ballet entre le micro & le mega, l'intime & l'universel. La boucle est bouclée.

vendredi 27 février 2009

ARNO SCHMIDT A QUELQUES QUESTIONS POUR VOUS

vendredi 27 février 2009 3
1) Connaissez vous & appréciez-vous DyNa-Sore de Meyer, Anton Reiser de Moritz, L'Ile Felsenburg de Schnabel?
2) Êtes vous d'avis qu'un artiste doit se moquer des goûts & du niveau intellectuel du peuple?
3) "La volonté de l'homme n'est pas libre" - Croyez vous en cela?
4) Que préférez vous: Aristipp de Wieland ou Forsyte Saga ?
5) Vous est-il arrivé de mépriser vos parents?
6) Etes vous superstitieux?
7) Avez vous un ami qui vous a sérieusement recommandé de lire Raphael de Aquillas de Klinger? Hum?
8) Haïssez vous tout ce qui est soldat & porte uniforme?
9) Pourriez vous résumer succinctement La Vallée de Canpam de Jean-Paul?
10) Tenez-vous Nietzsche pour un esprit médiocre (mais un grand orateur)?
11) Trouvez-vous très ridicule la boxe, le cinéma, la mode & les bonnes manières?
12)Vous êtes vous demandé une fois dans votre vie: si en vous servant d'un quelconque livre saint comme papier-cul, il pourrait vous roussir le derrière?-
Mettez un +1 pour chaque oui; -1 pour non, & additionnez.

Miroirs Noirs (Bourgois) page 75.

lundi 23 février 2009

SCHWARZE SPIEGEL

lundi 23 février 2009 0
A propos de
Miroirs Noirs
d'Arno Schmidt
(Bourgois)



Ou: comment j'ai appris à ne (presque) pas m'en faire & à aimer la bombe
Il ne reste plus que quelques flaques d'eau noire seulement éclairées par la nuit post-atomique alors qu'un quelconque général Ripper à fait des siennes, que les russes & les ricains ont fini par se foutre sur la gueule de manière définitive, genre: l'humanité entière a été soufflée. Nonobstant cette chose inavouable: à savoir que tous les fonctionnaires de Walsrode ont disparu, l'esprit de Düring, lui, est toujours là (youpi!), incarné par un homme surgit du néant, occupé à tenir les pages d'un journal que personne ne lira: le Dernier Homme en lui-même. Comment s'est il démerder pour échapper au cataclysme? [haussement d'épaules dubitatif] car de lui on ne sait presque rien si ce n'est qu'il fut fait prisonnier durant la Seconde Guerre Mondiale (WW2 comme disent les mecs dans le coup) & quelques phrases de souvenirs écrites en secret... Presque rien. Du vide en définitive, du vent... Vent qui se trouve être, avec la Lune & quelques arbres, le plus beau personnage du roman... & du vent il y en a beaucoup dans ce Miroirs Noirs apocalyptique, dernier rejeton de la fratrie Nobodaddy. Tour de passe passe ultime & jusqu'au-boutiste qui clôture un triptyque dont nous manque toujours le panneau du milieu. Fichtre!


Inutilité des pattes de mouches
Le Dernier Homme vadrouille à bicyclette, visite des maisons où dorment quelques squelettes, fait des emplettes bien méritées dans des surplus militaires abandonnés, chipe des bouquins à la bibliothèque universitaire de Hambourg... toujours les mêmes au passage: Cooper, Wieland, Poe, E.T. Hoffmann (on gardera quelques pages de Rilke pour se torcher avec). Le Dernier Homme coupe du bois aussi, c'est un fait, fait rouler des pierres, construit une maison – hum – cabane plutôt, administre un potager, part chasser à l'ancienne, toujours sous l'oeil bienveillant de la Lune. Le Dernier Homme est bricoleur, c'est un débrouillard. Il note tout, respecte un calendrier d'une précision démoniaque & tout ça pourquoi? Sans doute cherche t'il à se détourner du vide abyssal qui l'entoure. C'est possible & pourtant: tout ce que Düring appelait de ses voeux dans Scènes de la Vie d'un Faune est devenu réalité dans ces pages serrées & nerveuses: l'homme & donc, par la grâce de la plus coquette des soustractions, sa stupidité congénitale ont disparu de la surface de la terre & voilà qui semble parfait . Le Dernier Homme n'a aucune mélancolie & pour lui l'enfer c'était bien les autres. C'est un dur à cuir mais, étrangement, il ne peut s'empêcher de prolonger les rituels d'une vie communautaire pourtant éteinte depuis cinq maintenant: il écrit une lettre incendiaire (& hilarante) à un pseudo historien, certainement mort comme le reste de l'humanité, dont il a lu un article dans un vieux Reader's Digest & finissant par ces mots (la lettre, pas l'article) : « C'est sans doute humiliant pour votre nation [les États-Unis] de n'avoir jamais rien livré d'intéressant – à part Edgar Poe – à la grande culture; mais un jour viendra, n'ayez crainte! (En tout cas pas par vos mérites!). J'espère que votre chasse d'eau fonctionne bien, avec mon mépris le plus sincère. » hi hi hi... prépare un questionnaire des plus sensas (que je rajouterai dans une prochaine notule), on le voit faire un tour d'honneur devant les tribunes vides d'un stade après avoir marqué un but fictif, on le surprend en train d'essayer d'intercepter des ondes radios en provenance d'Australie (sait on jamais) &, le plus troublant: Ach Mein Got! Il tient un journal (???). Tous ces petits gestes accomplis dans le vide le plus total ne sont (ne pourraient être) que des résurgences d'une vie lointaine & on ne peut que les comprendre, mais voilà qu'au détours d'un bois notre ami se fait canarder par un tireur embusqué, avec des vraies balles & tout & tout. C'est l'entrée de Lisa, la Dernière Femme. Ils se vouvoieront pendant un petit moment.


Rappel technique
Il faudrait que je me plonge avec plus de vaillance dans l'oeuvre de Thomas Bernhard pour ne pas dire de sottises, mais il me semble que ces deux là visent au même endroit.


A-didoudi-doudi-douda-o-di-doudi-douda & ce qui semble s'en suivre
Alors pourquoi Arno Schmidt tâte t'il de l'anticipation? Près de soixante ans avant Minard & McCarthy, peut être bien avant la plupart des grands classiques SF qui boufferont du Dernier Homme jusqu'à l'indigestion. Le roman fut rédigé en 1951 alors qu'Oppenheimer était en train de consommer ses noces avec la Grande Culpabilité. 1951 ou 6 ans après Hiroshima selon l'échelle temporelle de Günther Anders dont on reparle un peu de partout ces derniers temps. Inutile de préciser l'état mental d'angoisse qui régnera durant les années suivantes. Scène de la Vie d'un Faune se passait juste avant & pendant la Seconde Guerre Mondiale avec quelques sauts vers le premier conflit (la faute à Thierry) & y était inclus toutes les leçons nécessaires que chacun pouvait en tirer. Düring y passe son temps à s'alarmer devant l'absence de bon sens & surtout de mémoire de ses semblables. A priori ils n'ont rien retenu de la boucherie des tranchées. Au contraire, ils parviendront même à dépasser cette horreur (les camps d'exterminations, Hiroshima & Nagasaki...). De Brand's Haide je ne pourrais rien dire tant que je n'aurai pas appris l'allemand. Par contre, on retrouve cette même colère exponentielle du protagoniste de Miroirs Noirs devant l'incapacité des hommes à apprendre de leurs erreurs. C'est en fait une partie très étrange du roman où Schmidt délaisse pour quelques pages son style si caractéristique pour des phrases aussi directes que possible (je parle ici de la petite balise que représentent l'espace virulent contenu entre les pages 87 & 90 de l'édition Bourgois, Bourgois qui, au passage de cette modeste parenthèse, me ferait un plaisir immense en voulant bien faire quelque chose de son Brand's Haide épuisé... le sortir en Titres ou bien, si c'est pas déjà fait, le refiler à Tristram par exemple) Bref! Bref! Bref! des phrases aussi directes que possible dis ai je, histoire de bien se faire comprendre de cette civilisation du « Jamais plus au sein du monde du toujours encore » pour reprendre les mots de Anders. Ainsi, lit t'on que Lisa fut déportée. On s'était pourtant promis que plus jamais... Il n'est pas dit si elle est juive ou si elle fut déportée pour d'autres raisons. On sait juste que s'est arrivé, encore. La faute à qui tout ce merdier? Dieu? On pourrait penser que Dieu n'est qu'un détail vu la façon expéditive dont le narrateur s'en débarrasse. Pan! Pan! Comme pour les lapins. Mais bon... Le Grand Méchant Loup c'est le Léviathan, déjà écorné dans le premier livre de Schmidt. D'ailleurs l'intertextualité est, une de fois de plus & pour des siècles & des siècles, permanente, autant avec ses textes précédents (Léviathan donc, Scènes de la Vie d'un Faune) qu'avec les prochains dans lesquels il émargera quelques embryons déposés ailleurs. A la fin on en arrive à penser un peu comme lui. On se dit qu'il n'y avait peut être pas d'autre solution face à une telle incurie, à une telle répétition infernale qui ne pouvait qu'engendrer une sentence finale. Mais l'arrivée de Lisa bouleverse totalement ses certitudes.


Où Sartre est parvenu à me faire bâiller sept fois en trois lignes - tout de même
Elle est intéressante à plus d'un titre, Lisa. Outre l'intérêt purement fictionnel de ce coup de théâtre (Toto n'est plus seul & si il la joue fine il se pourrait bien que la chaîne de production humaine soit de nouveau opérationnelle) on observe aussi un changement flagrant dans le comportement du bonhomme qui commence à penser qu'une repopulation éduquée avec une « semblable » pourrait peut être marcher. Il ne pense plus à la première personne, n'est plus ce type surpris d'employer encore le « on » alors qu'il est absolument seul mais veut bien introduire ce nouvel élément à son équation. D'ailleurs les pages où il parle de Lisa sont parmi les plus belles & les plus émouvantes du livre & elles sont assez singulières dans la plume plus qu'acérée de Schmidt (au pif, page 82: « Lisa: je dégustais « Lisa »; articulais dans l'herbe susurre « Lisa »; soupirais à plein nez (tout ça derrière au ruisseau), j'étais ce que l'on appelle aux anges: Lisa! »). Mais une fois la dame partie, parce qu'elle partira, on découvre la fragilité d'un opiniâtre que l'on pensait pourtant inébranlable. Finalement vivre seul, sans elle. Mouais, bof. Finalement l'écriture: « Je me demande bien pourquoi je tiens encore un journal; je n'ai plus envie de trifouiller dans ce qui est vide de sens. » & plus loin, avant que Lisa ne le quitte comme Käthe quitta Düring, elle lui demande pour qui est ce qu'il écrit, si il ne s'est jamais senti une responsabilité « morale » ou « militante », il lui répond que non, que ça lui ferait bien mal là où je pense (au passage on peut dire à Sartre – dont j'étais en train de faire semblant de relire le Qu'est-ce que la Littérature? qui est d'un ennui mais d'un ennui & borné avec ça... incapable d'écrire quoique ce soit sans y fourrer ses sempiternels slogans de sortie d'usine - d'aller reposer ses yeux joueurs, lui pour qui l'écriture & la lecture étaient les deux faces d'un même fait historique – vrai! - mais, & aussi voilà où ça coince, que le lecteur, ainsi que l'écrivain itou ne seraient presque que des animaux politiques façonnés par un contexte social & historique & basta – pas faux mais pas que) & qu'il se demande juste (le Dernier Homme), parfois, ce que ses auteurs préférés en auraient pensé. Mais des lecteurs, pourquoi faire? Au début du roman, alors qu'il vadrouille sans cesse, le narrateur pénètre dans une maison abandonnée. Il se trouve que c'est celle d'un écrivain, un certain Arno Schmidt. Dès lors on voit bien quel sort pourrait être réservés à ses écrits à lui & à nos lectures à nous. Il se pourrait aussi qu'on y trouve là la seule, possible, ultime & authentique filiation.


Fin ouverte: quel est l'intérêt d'un écrivain qui dépose ses mots dans le vide?
De ça, il faudra certainement reparler. Oui, oui.
 
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