jeudi 24 avril 2008

L'OEIL DE JAROMIL

"Souvent, quand je suis frappé par une phrase, ou simplement fatigué de lire, je photographie la page en question (recopier la phrase demande un crayon, un carnet et définitivement trop d'efforts). Evidemment c'est répétitif, mais accessoirement on peut jouer aux devinettes avec..."
Jaromil






























































































jeudi 17 avril 2008

PSYCHO BABEL

A propos du Schizo & les Langues de Louis Wolfson (Gallimard).





Non mais quoi, sérieusement Pedro, « Critique & Clinique »... tu penses vraiment que je lis ce genre de publication? Héhéhéhé... Même si j'en ai besoin sans aucun doute. Qui arrive vraiment à comprendre se que raconte Deleuze? Je veux dire - il utilise des mots de la langue française tout comme moi, ça fait pas un pli, mais la façon dont il les dispose, les combine, les confronte... c'est une langue inconnue pour mon cerveau imbibé d'alcool. La question n'est pas là de toute manière (quoique, la langue est bien au centre de ce papier). La question est: pourquoi ce livre a t'il été écrit? C'est ça la vraie question concernant Le Schizo & les Langues de Louis Wolfson. Qu'est ce qui a poussé ce malade mental à écrire un truc pareil?
Eh bien la nécessité, tout simplement.

Louis Wolfson n'est pas très âgé lorsqu'il entreprend l'écriture du Schizo & les Langues à la fin des années 60, mais il est déjà bien malade. Louis Wolfson est un schizophrène américain qui a décidé d'écrire un livre en français. Pourquoi? Parce qu'il n'avait pas le choix. Son personnage principal se nomme « l'étudiant en langues schizophrénique », « l'étudiant malade mentalement », « l'étudiant d'idiomes dément » & on a vite fait de comprendre que Wolfson se décrit lui-même dans ce que Paul Auster, qui sait très bien de quoi il parle, aurait appelé une autobiographie à la troisième personne.

L'étudiant en langues schizophrène passe ses journées à apprendre de nouveaux idiomes (allemand, français & hébreux principalement) dans le seul & unique but de se protéger de l'anglais, sa langue maternelle incarnée par une mère borgne... Brrrr! L'expression langue maternelle n'aura jamais aussi bien porté son nom. La mère de Wolfson est un personnage vulgaire, suffoquant, maniaque qui n'a de cesse d'emmerder son fils en venant lui parler à haute & intelligible voix à propos de tout & de rien, pourvu que son fils s'en trouve contrarié. Ce dernier n'a alors d'autre solution pour résister à ces assauts répétés que de se boucher les oreilles ou de monter le volume de sa radio branchée sur des émissions françaises de Montréal. Mais, bien évidemment, ça ne suffit pas. Il va donc mettre au point un procédé linguistique, très proche de ce qu'a pu utilisé Raymond Roussel, pour traduire les mots anglais en d'autres termes étrangers se rapprochant par le sens & le son de l'original.

Malgré le mal dont il souffre il n'y a aucune trace de folie en ces pages, bien au contraire Wolfson fait preuve d'une lucidité désarmante que ce soit sur son état ou sur le monde qui l'entoure. New York. La salle de lecture de la bibliothèque. L'appartement familial. Les prostituées. Le quartier juif où il vit. Chaque mot est pesé & s'imbrique sans sur poids dans une description souvent mordante de l'espèce humaine – l'espèce humaine dans ce qu'elle a de plus pathétique ou simplement dérisoire.





La méthode que l'étudiant en langues schizophrène met en place tout au long du livre fait l'objet d'une attention peu commune, prenant parfois plusieurs pages (pour exemple la traduction d'une chanson populaire qui pollue la matinée du narrateur & qui prend cinq bonnes grosses pages). Mais elle n'est pourtant pas au centre de la narration; elle n'est qu'une conséquence. Une séquelle pathologique du combat que le narrateur mène contre sa mère & sa langue maternelle. La première polarisant la haine que Wolfson porte à la seconde voit son influence néfaste aller bien au-delà de la simple affectation linguistique. Elle devient ontologique, selon Deleuze, à partir du moment où il conçoit cette confrontation comme un antagonisme vital entre le Savoir (les langues étrangères étudiées pour se protéger) & la Vie (sa mère & la nourriture, nous allons en reparler).

Le combat est bien vite ingérable car il est évident que Wolfson n'arrivera à rien tant l'emprise de la Vie sur le Savoir est forte. Elle lui inflige même une autre affliction mais étroitement lié au problème de la langue puisqu'il s'agit du dégoût qu'il ressent envers la nourriture. Le parallèle est frappant dans la symbolique. La bouche en tant que attribut humain englobe de nombreuses significations. Sa fonction principale, sa fonction physiologique & première est de manger, d'ingurgiter des aliments nécessaires à notre survie. Mais la bouche représente aussi la parole, la culture, le savoir. Voilà le noeud gordien de ce conflit qui émerge au centre des tourments de l'étudiant. A chaque fois qu'il mange, il essaie de se contenir mais c'est plus fort que lui & il doit s'empiffrer jusqu'à en être malade. La culpabilité qu'il ressent alors est la même qui le tiraille à chaque fois qu'un mot anglais passe ses défenses. Pour lui c'est une défaite. Pendant qu'il se goinfre il est vulnérable malgré toutes ses précautions (des mots anglais sont imprimés sur les boîtes de biscuits, sa mère peut intervenir à tout moment...) & par dessus tout le but qu'il s'était fixé, la création d'une nouvelle langue, véritable idiome babelien, reste au point mort. De sa bouche doit sortir le Savoir & entrer la Vie mais l'un comme l'autre s'annulent. Rien n'est construit. Tout est en perpétuelle construction/déconstruction & l'esprit fendu se désintègre irrémédiablement.

Le livre de Wolfson – il est impossible de parler de roman, ou d'étude psychanalo-linguistique? - apparaît parfois comme un catalogue de combinaisons linguistiques interchangeables, une démarche scientifique là où Roussel y avait structuré un moyen poétique, mais encore une fois il n'en est rien. C'est un manuel de survie en milieu hostile. C'est le récit d'un combat quotidien perdu chaque jour. C'est l'impressionnante perspicacité d'un homme acculé. C'est surtout un texte unique, écrit dans les marges de la littérature. Dans les marges du langage & cette précarité pose le problème même de la traduction du texte de Wolfson & de sa place dans les oeuvres du XX ème siècle. Gallimard l'a fait paraître dans sa collection « Connaissance de l'Inconscient » ce qui à mon sens n'en a aucun.

Le Schyzo & les Langues est une oeuvre rare qui chamboule de part en part. Ça c'est un fait vérifiable.

mardi 15 avril 2008

L'OEIL DE MIKAEL HIRSCH



Deuxième invité de l'Oeil de La Bruyantissime, Mikaël Hirsch est libraire à Paris & l'auteur d'une thèse admirable sur John Fante, certes, mais il est surtout un écrivain talentueux, ça fait pas un pli. Son premier roman, OMICRoN, publié en 2007 & qui fait un véritable ravage dans toutes les bibliothèques de la Capitale (il fera d'ailleurs l'objet d'un papier ici même dans peu de temps) promet de belles pages à venir. En attendant, il a accepté de montrer une autre facette de sa sensibilité artistique. Noir & blanc pleins de tendresse, ciels flamboyants, silhouettes évanescentes...d'ici à ce que Phaïdon lui propose un contrat...








Petite ceinture













Têtes











Boston - 1991








Buzenval







Cigarettes






Eiffel





Lisbonne





Texas






Paris

Mickaël Hirsch tient un excellent blog: OMICRoN

vendredi 11 avril 2008

2665 (fin)


V.


Comme déjà dit plus haut, Ulises Lima évoque l'admiration de Bolaño pour Joyce (Ulises = Ulysses bien entendu) & pour José Lezama Lima (quoique cette dernière affirmation, bien que pas entièrement fausse, peut être facilement remise en question par l'intervention de Morelli chez Pedro); Lezama Lima souvent considéré par certains comme un Joyce hispanophone. Cette interrelation semble aussi confirmer l'intention de Bolaño de créer, avec Les Détectives Sauvages, une épopée contemporaine (lorsque le critique le plus influent d'Espagne, Ignacio Echevarrìa, observa que Les Détectives Sauvages était « le genre de roman que Borges aurait pu consentir à écrire » il faisait certainement référence à la réinvention de l'épopée classique opérée dans le texte). Mais on a aussi entendu Bolaño dire que ce livre avait été écrit pour que lui & Mario Santiago puissent en rire. Malheureusement, Santiago fut renversé par une voiture dans les rues de Mexico & ne pu jamais lire le livre. C'était en 1998, l'année de sa parution.




Bolaño a écrit un essai plein d'admiration sur les Aventures d'Huckleberry Finn, un de ses livres préférés. De même, on s'aperçoit que les rues de Mexico sont le Mississippi de Garcia Madero (on vérifie, ici encore, la superbe fluidité de l'écriture de Francisco Goldman - sic). Beaucoup de personnages font de longues marches à travers la ville – ces extensions donnent leur tempo aux soirées sans fin & à ces nuits d'abandon où l'on bouge encore & toujours sans vraiment avoir besoin d'être quelque part. & finalement, le territoire vers lequel tend Garcia Madero est le désert, le fameux désert du Sonora, quasi personnage principal de 2666.

La dernière partie du roman, de nouveau racontée par Garcia Madero, nous ramène dans les années 70 où nous l'avions laissé avec ses amis poètes, fuyant le maquereau de Lupe à travers le désert. Dans les toutes dernières pages du livre Garcia Madero & Lupe viennent de se séparer de Belano & Lima. Ils ont enfin trouvé l'objet de leur quête, Cesàrea Tinajera & cette concrétisation sera fatale pour la poète. Elle sera abattu lors d'une violente confrontation sur une route déserte avec le proxénète & un flic véreux à la recherche de Lupe. Ainsi, tous les thèmes chers à Bolaño convergent: la recherche de l'artiste pour une idole insaisissable, ou pour le mythe de la poésie lui même, les perpétuelles relations entre poésie & crime, la violence dont les sud américains nés dans les années 50 n'arrivent pas à se débarrasser, la trinité de la Jeunesse, l'Amour & la Mort...

Avec tout ça, on peut facilement imaginer ce qui attend Belano & Lima.

Mais qu'en est il de Garcia Madero & Lupe? Aucun des personnages qui évoquent leurs rencontres avec les deux poètes ne semblent se souvenir du jeune Juan. Au début du roman, dans le bouge où les viscéral réalistes passent leur temps, Brìgiga, la serveuse avec laquelle Garcia Madero aura sa première expérience sexuelle, mais qui le quittera pour Rosario, lui délivre une prophétie. Elle lui dit qu'il "mourra[s] jeune & [qu'il] fera[s] du mal à Rosario ». A ce moment du récit, la deuxième prédiction s'est déjà réalisée. Mais Brìgida dit aussi à Garcia Madero qu'il a besoin d'une femme qui restera à ses côtés & Lupe semble bien être celle-ci.




Le roman se termine alors sur l'image du couple esseulé dans le désert. Ce désert qui semble incarner le grand nulle part à moins qu'il faille y voir un chemin qui s'étend vers l'infini... ce qui veut presque dire la même chose... presque.

Dans l'un de ses derniers interviews, Bolaño fit la distinction entre les écrivains dont le travail inspirait les autres & les écrivains, comme Borges, dont les fictions ouvraient des chemins à l'expérimentation littéraire. Les Détectives Sauvages, de manière singulière, ouvre aussi de nouvelles perspectives & quelques unes vont bientôt se tourner vers le nord, vers la frontière américaine & le futur cadre de son roman posthume 2666 qui se tient dans la ville fictive de Santa Teresa (rappelons au passage que Santa Teresa est la sainte patronne des écrivains de langue espagnole) où plusieurs femmes sont assassinées, où tous les personnages se retrouvent un jour ou l'autre, où un mystérieux écrivain allemand, vétéran de la Seconde Guerre Mondiale, Benno von Archimboldi, se cacherait. Les multiples pistes fictionnelles de 2666 sont portées par de multiples voix qui semblent, chacune à leur façon, incarner les différentes influences littéraires de Bolaño & qui s'épuisent toutes dans cette ville comme poussée dans une épiphanie finale. Il est certainement approprié que la fin abrupte du livre nous laisse exsangue sur ce qu'à pu être cette épiphanie, laissant la porte ouverte aux « 15 pages, 15 jours ou 15 secondes manquantes » dont parlaient Antonio, Fausto & Odot sur le Fric-Frac Club pour reprendre à nouveau le chemin & laisser tout derrière soi.



Encore.

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Cette série d'aricles est une longue & laborieuse traduction d'un papier de Fransico Goldman édité par la New York Review of Books.
Pour aller plus loin dans l'oeuvre de Bolaño, La Bruyantissime vous recommande les articles parus sur le Fric-Frac Club ainsi que tous les liens proposé dans le premier volet de cette série.




mercredi 9 avril 2008

L'OEIL DE NATHALIE MARGAN

Nathalie Margan est la première invitée de notre nouvelle série: L'OEIL de La Bruyantissime. Photographe freelance pour l'agence internationale LaCarnorgue c'est une voyageuse infatigable au regard sûr. Entre photo reportage & expérimentation...








Spirale






Orchidées 2







Autoportrait???






Stockholm








Cerisiers givrés








Fonatine Ozi








Eléphant super tramp








Electricité







Course de moines







Sleeping monk







Chèvre perchée







Belle plante








Avion/palmier








Arbre en scoot








A la queue








Mamie à l'opium








samedi 5 avril 2008

2665 & MISE AU POINT


IV.



Dans Les Détectives Sauvages Bolaño nous montre comment le temps nous punit pour les désirs rebelles de notre jeunesse...

Mais pour le lecteur qui n'a plus toute sa fraîcheur, le texte semble aussi conjurer la jeunesse dans ce qu'elle peut offrir de tragiquement exagéré & nous rappelle la pureté de la foi des jeunes gens – particulièrement lorsqu'il s'agit de poésie. Le lecteur se retrouve alors impliqué dans le texte de manière toute à fait particulière. Le voilà qui s'inquiète pour les personnages un peu comme un parent pourrait se faire du mouron pour ses enfants, espérant leur bonheur, ce qu'il y de mieux pour eux &, finalement, se retrouvant obligé de les laisser se débrouiller comme des grands.





Aucun personnage dans un roman n'est totalement ignoble ou répugnant lorsqu'il voit le jour avec adresse & clairvoyance. L'hilarante intellengentsia, dessinée par Bolaño, esthète snobe & pédante à souhait, est très comparable à celle qui évolue dans les cocktails de Mexico par exemple. Même le délectable, mais non moins étrange, personnage « Octavio Paz », dans l'un des passages que Bolaño lui consacre, semble avoir été longuement étudié. En contraste avec l'estimé Garcìa Madero, beaucoup des personnages qui se rappellent leur rencontre avec Belano & Lima en viennent vite à les mépriser, les qualifiant de « surréalistes aux rabais & de marxistes de pacotille » ou même de « bites molles ».
Il est difficile d'évoquer un écrivain, dans n'importe qu'elle langue, qui ait su créer tant de personnages féminins si différents & en même temps si crédibles, sensibles que ne l'a fait Bolaño (2666 en est plein de l'universitaire anglaise aux femmes de Santa Teresa mortes ou pas en passant par la mère de Rosa Amalfitano qui tombe amoureuse d'un poète incarcéré dans un asile de fous, le roman en est plein jusqu'à la gorge). La résonance des personnages féminins chez Bolaño suggère un autre aspect de sa singularité, du moins dans le contexte de la fiction sud américaine. Lorsque, par exemple, dans Marelle Julio Cortàzar fait le portrait de jeunes sud américains à Paris, une des implications du récit est que Paris se trouve être l'endroit où ceux-ci doivent trouver leur propre liberté & quelques intérêts dans la vie moderne à l'occidentale. Bolaño a fréquemment reconnu la dette qu'il avait envers le roman de Cortàzar, mais en définitive, dans Les Détectives Sauvages, la ville de Mexico, malgré toutes ses caractéristiques plus que typiques & ses dangers propres, a beaucoup plus de points communs avec des villes comme New York ou Paris qu'avec n'importe quel lieu sud américain traditionnel. Cela tient sans doute dans la manière très particulière qu'ont ses jeunes personnages un peu bohèmes & sophistiqués d'habiter le livre. Le roman décrit la ville au moment même où le monde entier découvrait Cent Ans de Solitude – une oeuvre dont l'immense succès eu pour conséquences de créer un folklore de stéréotypes de la vie en Amérique Latine & l'association, presque exclusive, de la littérature sud américaine avec un certain réalisme magique. Ceci depuis bientôt quarante ans maintenant.





Une des raisons selon lesquelles le Mexique apparaît alors comme une transposition du paradis à Bolaño & que le pays fut relativement épargné par la décennie de violence politique qui submergea le continent à la fin des années 60. Le Mexique a bien sûr eu droit à son 68 comme pratiquement toute la planète & sa culture en fut certainement affectée, mais, comme à chaque calamités qu'il a eu a subir, le pays a vite retrouvé un certain équilibre (« Lorsque le monde civilisé disparaîtra le Mexique continuera d'exister, lorsque la planète s'évaporera & se désintégrera le Mexique demeurera toujours le Mexique » affirme l'une des voix des Détectives Sauvages). Cette croyance est admirablement mise en scène lorsqu'un groupe d'écrivains mexicains de gauche se rend au Nicaragua sandiniste en voyage organisé. Ulises Lima qui fait partie du voyage, par accident semble t'il, s'éclipse de l'hôtel où les autres ne pensent qu'à boire & passe deux ans, deux ans sur lesquels nous ne saurons rien, à vagabonder dans un continent convulsé par la guerre jusqu'à ce qu'un jour, alors que tout le monde ou presque l'avait oublié, il ne réapparaisse à Mexico.


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Malgré l'aide précieuse des membres du Fric-Frac Club la traduction de cet article, qui compte encore une dernière partie, m'a confronté à mes limites translinguistiques, oui, ça fait pas un pli, mais surtout à la structure plus qu'étrange d'un texte pourtant publié dans l'une des revues les plus sérieuses qui soient & que j'ai traduit tout en lisant. En effet, & ça se voit bien dans cette nouvelle livraison, l'article de Fransico Goldman est assez mal fagoté & il est fort a parier qu'un professeur d'université un tantinet maniaque lui aurait demandé de refaire tout ça en quatrième vitesse.

Des thèmes sont abordés, des arguments sont proposés au début d'une phrase sans que cela n'empêche l'auteur de parler de tout autre chose, ou pire de quelque chose d'approchant, de presque la même chose, sans pourtant continuer son argumentation de départ ou répondre à la question qu'il a posé en haut de phrase. Le début du texte exprime le sentiment décalé que quelques lecteurs pourraient avoir à l'égard des personnages jeunes de Bolaño. On attend donc un développement sur ce thème déjà abordé dans la livraison précédente, mais il n'en n'est rien puisque Goldman embraye sur l'art de créer des personnages beaucoup plus complexes qu'il n'y paraît. Il tient bon la barre quelques lignes avant de virer de bord de nouveau. On passe de la place des femmes dans l'oeuvre de Bolaño (deux lignes) à la manière dont il perçoit le Mexique (le reste du paragraphe) sans transition aucun & pourquoi faire? C'est un peu déroutant. C'est assez agaçant même. Comme par exemple ce passage où le liens entre Cortàzar & Bolaño sont montrés (de manière plutôt décousue d'ailleurs) dans leurs façon respective d'appréhender la ville comme un idiome identitaire potentiel ou fantasmé. On voudrait en savoir un peu plus, on voudrait des approfondissements. Goldman se contente alors de préciser que le livre décrit la capitale Mexicaine au moment où le classique de Garcìa Marquez connaît un succès retentissant à travers le monde. Succès qui changera la vision que ce monde aura de l'Amérique du Sud & de sa littérature... (?????????) Oui, peut être! Mais il y a de sacrés trous entre les phrases. N'étions nous pas en train de parler d'autre chose? Ou encore le dernier chapitre dans lequel Goldman va nous expliquer pourquoi le Mexique jouit d'une telle aura de sainteté chez Bolaño. Tout simplement parce que le Mexique n'a pas autant souffert des violences politiques dont ont été victimes ses voisins. Point. Ça me semble un peu léger mais bon, je ne suis ni spécialiste de Bolaño ni de l'histoire du Mexique pour aller le contredire. Mais lorsque, pour appuyer son affirmation, il prend comme exemple l'ellipse qui voit disparaître Ulises Lima avant que se dernier ne revienne à Mexico... ça veut dire quoi au juste dans la démonstration? Eh bien le Mexique est une sorte de paradis pour Bolaño, la preuve: lorsque l'un de ses personnages disparaît pendant deux ans dans ce continent miné par les dictatures & les révolutions & qu'il décide de revenir à la vie, c'est au Mexique qu'il le fait. & puis c'est tout!

J'ai bien essayé, avec mes maigres moyens, de donner une certaine cohérence au texte mettant parfois de côté des phrases entières tant elles étaient totalement à côté du sujet ou hors de propos. Heureusement le dernier chapitre de cet article, bien que passant à un autre sujet sans transition & pourquoi faire de nouveau?, est bien moins destructuré que ses prédécesseurs & propose un bilan thématique assez intéressant sur l'oeuvre de Bolaño.




vendredi 4 avril 2008

CHRIS JORDAN

Barbie Dolls, 2008























Skull with cigarette, 2007









jeudi 3 avril 2008

2665 (suite)



III.



Mais si les écrivains sont des gens si ignobles & médiocres, pourquoi devrions nous les aimer? Comment aimer la littérature & croire qu'elle puisse être héroïque?


***


Les Détective Sauvages nous fournissent quelques réponses à ce sujet.

Ce roman mexicain est en quelque sorte une extension d'Etoile Distante & de Nocturne du Chili qui, tout deux, se déroulent au Chili. Les trois traitant du Mal & de la Littérature.


Les amis de Bolaño s'amusaient souvent en disant qu'il ne permettrait à quiconque de dire du bien du Chili &, inversement, de dire du mal du Mexique. Comme Carmen Boullosa l'a remarqué, il considérait le Chili comme l'enfer de sa jeunesse & le Mexique comme une sorte de paradis (même si dans son dernier livre, le Mexique, ou du moins une de ses villes, devient clairement l'antichambre de l'enfer).Depuis qu'il a quitté le pays en 1977, il n'y a plus jamais remis les pieds.
« D'une grande distance, » écrivait Juan Villoro « il a construit un pays de mémoire, d'une véracité partiellement spectrale. »


Voici comment débute Les Détectives Sauvages:

2 Novembre
J'ai été cordialement invité à rejoindre le mouvement viscéral-réaliste. J'ai accepté, bien sûr. Il n'y eu aucune cérémonie initiatique. C'est bien mieux comme ça.
3 Novembre
Je ne suis pas vraiment certain de ce qu'est le viscéral réalisme.

Juan Garcìa Madero, le jeune narrateur de 17 ans qui apparaît dans la première partie du livre (Mexicains perdus dans Mexico) est orphelin, étudiant le droit & va se retrouvé dans un atelier de poésie à l'université (tiens tiens) . Une confrontation, déjà vécu par Bolaño lui même, se profile entre le jeune Garcìa Madero & le professeur sur les formes possibles & différentes qu'emprunte la poésie, sur la création littéraire elle même. Chaque cours se transforme en défi de palabres. Madero s'exclame: « Le seul poète mexicain à connaître tout ceci par coeur est Octavio Paz (notre grand ennemi), les autres ne savent rien de rien... ou peut être ai je entendu Ulises Lima tenir de tels propos après que j'ai rejoins le groupe? » [la traduction de ce passage est totalement invraisemblable – désolé].
Les Détectives Sauvages apparaissent comme le portrait du jeune Bolaño en artiste (la référence à Joyce n'est pas fortuite). Le chilien Arturo Belano qui mène le mouvement avec son ami Ulises Lima (la référence à Joyce n'est pas fortuite, celle à Lima, quant à elle, est transparente) a eu une singulière révélation sur la « trinité de la Jeunesse, de l'Amour & de la Mort ». Le livre le suit jusqu'à ce que, sérieusement malade, il ne disparaisse en Afrique dans un délire proche de celui de Rimbaud. La fin tragique & folle de Rimbaud. De son côté, Garcìa Madero incarne le poète au moment de sa fougue adolescente & rebelle, persuadé que la vie de poète est la seule qui vaille la peine. Il arrête ses études, quitte la maison, monte une bibliothèque de livres volés (comme le jeune Bolaño) & bientôt n'a pas d'autre choix que de partir en voyage. Un voyage initiatique bien entendu fait de poésie & de poètes, des rues de sa ville & surtout d'amour & de sexe, car l'éveil sexuel de Garcìa Madero semble insatiable, promettant autant de possibilités & de danger que la ville elle même.

A la fin de la première partie, Garcìa Madero, Arturo Belano, Ulises Lima & Lupe, une prostituée un peu fofolle, s'enfuient de Mexico. Ils se retrouvent dans le désert du Sonora (tiens?) à la recherche d'une mystérieuse poétesse (tiens? & re-tiens?), Cesàrea Tinajera, qui a influencé les viscéral-réalistes.



Dans la deuxième partie des Détectives Sauvages 48 personnes éparpillées à travers tout le globe (15 villes & 8 pays) semblent parler à un détective bien déterminé à mettre la main sur Arturo Belano & Ulises Lima. Il leurs court après depuis vingt ans.
Chacun parle de leur rencontre avec les deux poètes, digressant parfois sur leur propre vie. Ici, la narration n'est plus chronologique mais s'enroule autour d'une seule & même nuit durant laquelle Belano & Lima rendent visite à Amadeo, un vieux poète sans le sou qui serait la dernière personne, vivante à se souvenir de Tinajera. Il leur montre la copie d'une vieille revue dans laquelle fut publié le seul & unique poème de la poétesse.
Amadeo est surpris & heureux d'avoir été trouvé par les deux garçons. Il est surtout très heureux de pouvoir passer la nuit à parler poésie, revivre sa jeunesse & boire. Boire la dernière bouteille d'un mezcal qui n'existera plus une fois qu'ils en auront bu la dernière goutte. Vous connaissez déjà le nom de ce mezcal: Las Suicidos. Marque mythique désormais qui disparaîtra une dernière fois dans 2666 & réapparaîtra dans un épisode de V3 (votre bruyant serviteur à bien essayé de s'en procurer une bouteille, c'est tellement plus cool que du génépi Grand Tétras, mais impossible, la seule marque qui arrive jusque dans les Alpes est le mezcal Ultramarine... l'hommage à Lowry me convient amplement) « Ah, quelle honte de plus faire de ce mezcal » se plaint Amadéo « quel dommage ce temps qui passe, vous n'êtes pas d'accord? Quelle tragédie de mourir, de vieillir & de voir que tout ce qui est bon s'éloigne de nous. »


Dans Les Détectives Sauvages Bolaño nous montre comment le temps nous punit pour les désirs rebelles de notre jeunesse...

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2666 au Fric-Frac Club & chez Fausto.